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Tome premier.
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CH AP. XI. CAMPAGNE DE 1808.

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du visir pour négocier cet armistice, l’avaitconclu le 24 août : Michelson était mort ;son successeur accorda deux articles quel’empereur Alexandre rejeta : cependantl’évacuation des principautés était commen-cée ; les Turcs violèrent l’armistice en pas-sant le Danube à Galacz, et en égorgeantquelques autorités moldaves, établies parles Eusses. Ceux-ci, instruits du refus del’empereur de ratifier l’armistice et de l’in-fraction du traité, réoccupèrent prompte-ment la rive gauche du Danube .

Cependant le traité de Tilsit changeaitnaturellement toute la politique du cabinetde Londres relativement à la Russie et à laPorte; il se hâta d’ordonner l’évacuationd’Alexandrie et de chercher à rétablir sesrapports avec la Turquie. Lord Paget s’ef-força de se faire admettre à Constantino-ple ; mais Sébastiani parvint à le faire re-pousser. D’un autre côté, les Turcs avaientaccepté ma médiation ; il fallait prendre unparti. Les bonnes dispositions du divan cal-mèrent un peu mon ressentiment contreles persécuteurs de Sélim. Sébastiani à quij’avais demandé son opinion sur un projetde partage, le combattait par des motifsspécieux : si je devais y renoncer, il étaitdès lors de mon intérêt d’être médiateurpour chercher à concilier les intérêts dedeux nations, dont je pouvais tirer un égalavantage contre mon ennemi irréconcilia-ble , soit pour fermer la mer Noire , soitpour nous ouvrir les portes de l’Orient. Jesentis que j’avais peut-être été trop loindans mes conversations de Tilsit; je char-geai Savary, qui se trouvait en mission àPétersbourg, de s’expliquer sur le sort fu-tur de la Moldavie et de la Yalachie, et surleur évacuation demandée avec instance parles Turcs, comme condition préalable à au-cune négociation.

L’empereur Alexandre lui opposa mes

promesses; le chancelier Romansof lui op-posa l’effet que cette évacuation ferait surl’opinion publique , déjà fortement défavo-rable au traité de Tilsit : la cession desdeux principautés était la seule satisfactionqu’on pût donner à la nation pour les sa-crifices que le traité lui imposait. La posi-tion devenait délicate : si l’expulsion desTurcs d’Europe enflammait souvent monimagination comme une entreprise à la foischevaleresque et philanthropique, je sen-tais aussi que la politique compliquait beau-coup un pareil projette jugeais fort bienqu’il ne fallait pas en laisser le soin et leprofit à la Russie seule, et que n’y partici-pant pas, il faudrait se garder de l’encou-rager. D’un autre côté, je pensais qu’avecle concours de ces deux puissances nousfermerions la mer Noire et le Levant auxAnglais . Pour atteindre ce grand but, jene pouvais sacrifier la Porte à la Russie ,ni prendre entièrement et ouvertement lesintérêts des Turcs contre la Russie , aveclaquelle je venais de m’unir si intimementà Tilsit.

Les hommes d’état comprendront la dif-ficulté d’arriver à mes fins avec des élé-ments si hétérogènes. Le cabinet de Lon-dres avait bien réussi, en 1799, à opérer cemonstrueux assemblage ; mais il y avaitalors un but commun qui était d’empêchernotre établissement en Égypte , et tous lesanciens ressentiments se taisaient pour yparvenir. Ma position était bien différente;je ne pouvais que proposer mes bons officespour accélérer un rapprochement : or cen’était pas une petite affaire; car l’empe-reur Alexandre persisterait à demander lesprincipautés, et les Turcs n’entendent pasraison quand on leur parle de céder desprovinces. Il était à craindre que la seuleproposition d’abandonner les principautésrejetterait le divan dans les bras de l’An-