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Tome premier.
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CHÀP. XI. CAMPAGNE DE 1808.

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même grade et a» même titre. Cette idée,comme celle de la Légion d’Hoimeur, étaitessentiellement libérale ; ce n’était autrechose qu’une couronne civique : le peuplen’y attachait pas d’autre idée. Chacun l’a-vait méritée par ses œuvres, tous pouvaientl’obtenir au même prix ; elle n’était offen-sante pour personne.

L’esprit de l’empire était le mouvementascendant ; c’est le caractère de toutes lesrévolutions. II agitait toute la nation ; ellese soulevait pour s’élever : j’ai placé ausommet de ce mouvement de grandes ré-compenses. Elles ne furent données quepar la reconnaissance publique. Ces hautesdignités étaient encore conformes à l’espritde l’égalité; car le dernier soldat les obte-nait par des actions d’éclat.

Inconvénients du mode suivi pour ces grâces.

Les statuts du t cr mars qui accordaientdes titres furent promulgués, et firent unegrande sensation en France comme à l’ar-mée. Je suis loin d’en avoir jamais éprouvéle moindre regret; peut-être a-t-on fait lesnominations trop en masse et à la légère.Si je n’avais d’abord nommé que les maré-chaux et une centaine de généraux et colo-nels marquants, en me réservant de dis-penser de nouveaux titres et dotations, soitaprès chaque bataille, soit toutes les annéesà un jour de fête solennel, je me serais ré-servé un grand véhicule ; mais cela eût faitbeaucoup de mécontents, et mon but n’eûtpas été aussi bien rempli. Toutefois, je lerépète, la distribution fut trop copieuse etabandonnée à des commis. Les secrétairesde Berthier devinrent des dispensateurs degloire : ils nommèrent d’après l’almanachimpérial, et il se trouva dans les élus des

[1] Il fallait avoir été présent aux trois entréestriomphales, à Vienne, Berlin et Madrid ; en sorte

colonels tués depuis un an. Certains gé-néraux furent gratifiés de doubles dota-tions par des erreurs volontaires ou acci-dentelles. C’était déprécier une de mes plusbelles institutions et de mes plus grandespensées.

Le faubourg St-Germain ne manqua pasde jeter le ridicule sur ces nobles de nou-velle invention. Le dirai-je? l’armée mêmene m’en sut pas si bon gré que je l’auraiscru. Les uns ne faisaient pas grand cas detitres contre lesquels ils avaient combattuavec tant de succès ; ils semblaient faire unacte d’obéissance en les acceptant : les au-tres n’y voyaient qu’un poids difficile à sup-porter ; et la nomination s’étant faite pargrade, chacun y voyait un système et nonune distinction personnelle. On a fait lemême reproche à la Légion d’Honneur :celle-ci avait un but différent ; elle devait si-gnaler tous les genres de mérite. Ceux quil’avaient gagnée, y avaient des droits incon-testables : ce n’était pas une faveur. 11 fautavouer néanmoins qu’après avoir répanducette croix à foison, j’aurais pu en instituerune autre purement militaire : j’en eus en-vie, en instituant l’ordre des Trois-Toisons,qui fut ensuite abandonné.

Il y a beaucoup de variations dans lessystèmes de l’Europe sur les récompenses.Tous ont des abus : l’Autriche et l’Angle-terre en sont avares, la Russie en est pro-digue. Le bon système est entre les deux.Je n’ai pas voulu donner suite à l’ordre desTrois-Toisons, parce que le décret était vi-cieux [il. Une foule de braves généraux quin’avaient pas assisté à mes entrées dansVienne, Berlin et Madrid , et qui se cou-vraient de gloire à so lieues de là, n’y au-raient pas eu droit, ce qui eût été inique. L’in-

que Ney, Davoust et bien d’autres n’y auraient paseu des droits.