CHAP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.
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« la France ; c’est pour cela qu’on l’a fait« roi. Le placer sur le trône sera servir lesu factions qui, depuis vingt-cinq ans, veu-« lent l’anéantissement de la France . Une« alliance de famille serait un faible lien. La11 reine Élisabeth et d’autres princesses fran-« çaises ont péri misérablement, lorsqu’on11 a pu les immoler impunément à d’atroces“ vengeances. Je pense qu’il ne faut rien« précipiter ; qu’il convient de prendre con-« seil des événements qui vont suivre... Il« faudra fortifier les corps d’armée qui se« tiendront sur les frontières du Portugal ,« et attendre...
« Je n’approuve pas le parti qu’a pris« Y. A. I. de s’emparer aussi précipitam-« ment de Madrid ; il fallait tenir l’armée à« dix lieues de cette capitale. Vous n’aviez« pas l’assurance que le peuple et la magis-ii trature allaient reconnaître Ferdinand« sans contestation. Le prince de la Paix« doit avoir dans les emplois publics des« partisans ; il y a d’ailleurs un attachement<« d’habitude au vieux roi, qui pouvait pro-« duire des résultats. Votre entrée à Madrid ,« en inquiétant les Espagnols , a puissam-« ment servi Ferdinand. J’ai donné ordre à« Savary d’aller auprès du nouveau roi voir« ce qui se passe. II se concertera avec« V. A. I. M’aviserai ultérieurement au parti« qui sera à prendre. En attendant, voici« ce que je juge convenable de vous pres-crire.
« Vous ne m’engagerez à une entrevue« en Espagne avec Ferdinand, que si vous« jugez la situation des choses telle que je« doive le reconnaître comme roi d’Espagne ,« vous userez de bons procédés envers le« roi, la reine et le prince Godoï. Vous exi-« gerez pour eux, et vous leur rendrez les« mêmes honneurs qu’autrefois. Vous ferez« en sorte que les Espagnols ne puissent pas« soupçonner le parti que je prendrai : cela
« ne vous sera pas difficile ; je n’en sais rien« moi-même.
« Vous ferez entendre à la noblesse et« au clergé, que si la France doit intervenir« dans les affaires de l’Espagne , leurs pri-“ viléges et leurs immunités seront respec-« tés. Vous leur direz que l’empereur désire« le perfectionnement des institutions poli-« tiques de l’Espagne , pour la mettre en« rapport avec l’état de civilisation de l’Eu-« rope, pour la soustraire au régime des«favoris... Vous direz aux magistrats et« aux bourgeois des villes, aux gens éclairés,« que l’Espagne a besoin de recréer la ma-« chine de son gouvernement ; qu’il lui faut« des lois qui garantissent les citoyens de« l’arbitraire et des usurpations de la féoda-« lité ; des institutions qui raniment l’indus-« trie, l’agriculture et les arts. Vous leur« peindrez l’état de tranquillité et d’aisance« dont jouit la France , malgré les guerres« où elle s’est trouvée engagée; la splendeur« de la religion, qui doit son rétablissement« au concordat que j’ai signé avec le pape.« Vous leur démontrerez les avantages qu’ils« peuvent tirer d’une régénération politi-« que ; l’ordre et la paix dans l’intérieur, la« considération et la puissance à l’extérieur.
« Tel doit être l’esprit de vos discours et de« vos écrits. Ne brusquez aucune démarche.
« Je puis attendre à Bayonne , je puis passer« les Pyrénées , et, me fortifiant vers lePor-« tugal, aller conduire la guerre de ce côté.
« Je songerai à vos intérêts particuliers :
« n’y songez pas vous-même. Le Portugal « restera à ma disposition. Qu’aucun projet« personnel ne vous occupe et ne dirige«votre conduite; cela me nuirait et vous« nuirait encore plus qu’à moi.
«Vous allez trop vite dans vos instructions« du 14. La marche que vous prescrivez au« général Dupont est trop rapide; à cause de« l’événement du 19 mars, il y a des change-