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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
possession avant de les demander devait le-ver tous les obstacles, puisque d’un côté jetiendrais déjà les provinces cédées, et quede l’autre j’offrirais une indemnité supé-rieure qui se trouvait en ma puissance. C’estdans la crainte de ces difficultés qu’il fautchercher le nœud de toute l’énigme, rela-tivement à l’occupation d’une partie duroyaume et de la présence de Murat enCastille.
Instructions remarquables données à Murat.
Rien ne prouve mieux la justesse despoints de vue qui me dominaient dans cetteaffaire, que la lettre que j’écrivis à Murat,le 27 mars, en apprenant la révolution d’A-ranjuez.
« Monsieur le grand-duc de Berg, je crains« que vous ne me trompiez sur la situation de« l’Espagne , et que vous ne vous trompiez« vous-même. L’affaire du 19 mars a singu-« lièrent en t compliqué les événements : je« reste dans une grande perplexité.
« Ne croyez pas que vous attaquiez une« nation désarmée, et que vous n’ayez que« des troupes à montrer pour soumettre« l’Espagne : la révolution du 20 mars prouve» qu’il y a de l’énergie chez les Espagnols.« Vous avez affaire à un peuple neuf; il a« tout le courage, et il aura tout Tenthou-« siasme que l’on rencontre chez des hom-» mes que n’ont point usés les passions poli-•< tiques.
« L’aristocratie et le clergé sous les maî-« très de l’Espagne ; s’ils craignent pour« leurs privilèges et pour leur existence, ils« feront contre nous des levées en masse qui« pourront éterniser la guerre. J’ai des par-■1 tisans ; si je me présente en conquérant,« je n’en aurai plus. Le prince de la Paix«est détesté, parce qu’on l’accuse d’avoir« livré l’Espagne à la France ; voilà le grief« qui a servi l’usurpation de Ferdinand : le
> parti populaire est plus faible. Le prince
■ des Asturies n’a aucune des qualités qui
> sont nécessaires au chef d’une nation ;
• cela n’empêchera point que, pour nous1 l’opposer, on en fasse un héros. Je ne
■ veux pas que Ton use de violence envers1 les personnages de cette famille ; il n’est
< jamais utile de se rendre odieux et d’en-1 flammer les haines. L’Espagne a près de1 toomille hommes sous lesarmes; c’est plus
■ qu’il ne faut pour soutenir avec avantage
■ une guerre intérieure ; divisés sur plu-1 sieurs points, ils peuvent servir de noyau
■ au soulèvement total de la monarchie.
« Je vous présente l’ensemble des obsta-
■ clés qui sont inévitables. Il en est d’autres
■ que vous sentirez. L’Angleterre ne laissera
• pas échapper cette occasion de multiplier
< nos embarras. Elle expédie journellement1 des avisos aux forces qu’elle tient sur les1 côtes du Portugal et dans la Méditerranée ;
■ elle fait des enrôlements de Siciliens et de
< Portugais.
« La famille royale n’ayant point quitté
• l’Espagne pour aller s’établir aux Indes, il1 n’y a qu’une révolution qui puisse changer1 l’état de ce pays; c’est peut-être celui de1 l’Europe qui y est le moins préparé. Les
■ gens qui voient les vices monstrueux de1 ce gouvernement et l’anarchie qui a pris1 la place de l’autorité légale font le plus1 petit nombre ; le plus grand nombre pro-; fite de ces vices et de cette anarchie. Dans1 l’intérêt de mon empire, je puis faire
■ beaucoup de bien à l’Espagne ; quels sont1 les meilleurs moyens à prendre ?
<i Irai-je à Madrid ? exercerai-je l’acte1 d’un grand protectorat en prononçant en-i tre le père et le fils ? Il me semble diffi-
■ cile de faire régner Charles iv. Son gou-1 vernement et son favori sont tellement
dépopularisés, qu’ils ne se soutiendraientpas trois mois. Ferdinand est l’ennemi de