NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
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les trois plus grands bu ts de mon règne :j’assurais à la France l’alliance mari-time la plus importante ; je la débarras-sais des anxiétés d’une réaction ; jedonnais de la solidité à mon édifice ; jerégénérais en outre une des plus bellesparties du globe.
Fautes qu’on in’a reprochées.
Je ne dissimule point que ces raisonsn’ont pas paru aussi péremptoires à fout lemonde, et qu’elles ont trouvé de sévèrescenseurs, lorsqu’on a vu la tournure queprenaient les affaires. Alors chacun prétenditme chercher des torts, en disant :
i° Que je tirais de l’Espagne le plus grandparti qu’on pouvait en espérer, puisque sesflottes et ses armées marchaient à ma vo-lonté, et que ses ports étaient ouverts à moncommerce.
2 ° Qu’un de mes frères sur ce trône, enadmettant même qu’il fût reconnu, pourraitfort bien y trouver des embarras intérieursqui le mettraient dans l’impossibilité de fairepour moi autant que Charles iv.
3" En tout état de cause, il serait impos-sible de fermer tout accès au commerceclandestin en Espagne et en Amérique ; et,si la chose était possible, elle le serait bienplus à une vieille dynastie qu’à un nouveaugouvernement, forcé de faire des conces-sions au commerce pour se créer des parti-sans. (La conduite de mon frère Louis enHollande Ta bien prouvé. )
4° Dans la supposition même où la pro-clamation menaçante échappée au gouverne-ment espagnol en iso6 dénotait l’intentionsecrète de quitter mon alliance à la premièreoccasion favorable, il était certain qu’il per-sévérerait dans cette alliance aussi long-temps que ma position serait respectablesur le continent.
s“ Qu’un allié de cette importance, quel-
que chancelant qu’il parût, valait mieuxqu’un ennemi irréconciliable.
6° Que la guerre pouvait nous faire toutperdre, et qu’elle ne ferait rien gagner; enun mot, qu’il était dangereux et immorald’attaquer un gouvernement qui faisait toutce que je voulais.
7° On ajoutait que, s’il y avait résistancede la part des Espagnols, la scission de l’A-mérique serait inévitable, et qu’elle passe-rait ainsi sous la puissance des Anglais .
Tous ces raisonnements étaient spécieux;ils eussent été fort justes si j’avais pu comp-ter sur la continuation éternelle de nos rap-ports avec l’Espagne : on vient de voir querien n’était moins certain; et c’était préci-sément pour les resserrer que je formaisles plus beaux projets.
Si mon but était simple et convenable àmon empire, il n’en était pas de même desmoyens d’y arriver. Une déclaration deguerre formelle, motivée sur la proclama-tion hostile du prince de la Paix, n’étaitplus de saison, quand Ferdinand se trou-vait à Bayonne ; je ne pouvais guère meproclamer le défenseur de Charles iv, ensacrifiant à la fois et le favori et Ferdinand,car Charles n’eût pas resté trois mois surle trône. D’ailleurs la question n’était pasde rendre la guerre plus ou moins facile enm’appuyant sur un parti ; c’était d’éviter laguerre , dont la déclaration seule devaitêtre une calamité. Je la redoutais par-des-sus tout; car si je n’avais pas été persuadéqu’il était possible de l’éviter, j’aurais re-connu Ferdinand sans hésiter. Mes instruc-tions à Murat en font foi.
Si je parvenais, au contraire, à faire re-noncer le fils aussi facilement que ses pro-pres partisans avaient fait abdiquer sonpère, alors eo mille hommes appuyés sur unparti puissant suffiraient pour une prise depossession, et la rupture n’aurait pas lieu.