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Tome premier.
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CHAP. XII. ANNEES 1807 ET 1808.

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Je ne laissai pas longtemps Ferdinanddans l’incertitude sur le sort qui lui étaitréservé ; je lui représentai que Tintérét dela France et de l’Espagne était d’être tou-jours unies contre l’Angleterre; qu’il n’é-tait entouré que d’ennemis de la France ;qu’il se trouvait, sans le vouloir peut-être,à la tête de ce parti; que les Bourbonsd’Espagne n’oublieraient jamais entière-ment que leur famille avait possédé le trônede France , et qu’ainsi l’alliance, si néces-saire aux deux états, ne serait jamais so-lide ; que son père Charles îv avait abdiquéla couronne en ma faveur, et qu’il ne luirestait d’autre parti qu’à suivre son exem-ple. Il se résigna après quelque hésitation.

Tels furent l’origine de la guerre d’Espa-gne et les points de vue qui me guidèrent.Les griefs qu’on m’avait donnés, l’indignenullité de son gouvernement, les grandsrésultats que j’en obtiendrais, si je parve-nais à le régénérer, peuvent expliquer monprojet, comme la postérité justifiera lesvues de Catherine n sur la Pologne . Onm’a reproché, comme à elle, les moyensque j’employai pour y parvenir. Toutefois,ma conduite n’a pas été aussi tortueuse queles apparences le font soupçonner : elleparut plus louche, parce que je changeaimoi-même de point de vue dans cette af-faire après la révolution d’Aranjuez etaprès l’entrevue de Bayonne . La peau durenard sied mal au lion; et je n’ai jamaischerché à m’en affubler.

Je ne tardai pas à me désabuser sur lesrésultats de cette démarche. Tout le moisd’avril s’était écoulé en hostilités sourdesentre Murat qui espérait le trône, et le con-seil de régence laissé par Ferdinand vu àson départ de Madrid . Le grand-duc deBerg s’était flatté de mettre fin à ces tra-casseries , en obtenant de Charles iv le ti-tre de lieutenant du royaume, au moment

où il reprenait les rênes des mains de sonfils. Fort de cette autorité, Murat crut qu’ilne s’agissait plus que de prendre possessiondes provinces, et détacha le maréchal Mon-cey sur Valence, et Dupont sur Cadix . Ilallait plus vite en besogne que je ne le vou-lais ; il était pressé de régner.

En quittant Madrid, Ferdinand n’avaitd’abord annoncé que le projet de se rendreà Vittoria, où on lui avait persuadé que jeviendrais à sa rencontre. A peine ce départeût-il été décidé, que le bruit se répand detoutes parts que ce prince, entouré de trou-pes françaises, avait été contraint par laforce à prendre ce parti.

Insurrection du a mai.

Une agitation sourde, précurseur de l’ir-ruption, se propage dès lors jusqu’à Ma-drid . Pour exciter le peuple, on y ajouteque l’infant François de Paule , le seul restédans la capitale, allait être enlevé et con-duit en France [i]. A cette nouvelle, toutMadrid se soulève : Murat, assailli par unemultitude furieuse, est obligé de la fairemitrailler, pour ne pas succomber sous sescoups. De toutes parts nos colonnes, cam-pées autour de Madrid , pénètrent dans lesrues, où un combat meurtrier s’engage.Nos soldats, immolés dans les premiers suc-cès de la populace, excitent leurs camara-des à la vengeance ; tout ce qui est trouvéles armes à la main est passé au fil del’épée. Ces scènes de terreur se prolongentjusqu’à la nuit, qui voile de ses ombresl’exécution des plus coupables chefs decette émeute.

Junte espagnole convoquée à Bayonne .

En apprenant ce déplorable massacre,

[i] L’infant Charles se trouvant en Portugal , étaitparti pour le Brésil avec la cour de Lisbonne .