CHAP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.
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Si j’avais eu le don de lire dans l’avenir,j’aurais suivi cette marche ; mais je crusque le résultat étant le même pour eux, lesEspagnols accepteraient sans hésitation unchangement de dynastie que la position desaffaires rendait inévitable. Je mis de labrusquerie dans cette seconde période del’entreprise, parce que je supprimai les gra-dations, et que, non content de leur donnerun roi, je m’annonçai encore comme réfor-mateur. Aucun pays n’avait plus besoin deréformes ; mais ceux qui vivaient des abusdevaient me combattre, et c’était la massela plus influente. Les moines surtout et lapartie du haut clergé, s’engraissant des mi-sères publiques, se mirent en devoir de merésister. Les démagogues trouvèrent la con-stitution despotique, parce qu’elle était sage,et donnait au trône les garanties nécessai-res ; les prêtres la repoussèrent, parcequ’elle imposait des limites à leur influence ;les grands d’Espagne , divisés d’opinion, netrouvaient pas qu’elle leur donnât assez dedroits. Tous les intérêts, les amours-pro-pres blessés se soulevèrent, et, prétendantque j’avais évincé l’ancienne dynastie d’unemanière offensante pour tous les Espagnols ,ils ne voulurent pas reconnaître celle quej’avais mise à sa place. Il en résulta qu’il n’yeut plus d’autorité nulle part, c’est-à-direqu’elle se trouva partout. La nation enmasse se crut chargée delà défense de l’état,puisqu’il n’y avait plus d’armée ni d’autoritéauxquelles on pût confier cette défense.Chacun en prit la responsabilité. Je créail’anarchie ; j’eus contre moi toutes les res-sources qu’elle donne ; j’eus un peuple en-tier sur les bras.
insurrection générale.
A l’instant même où je me flattais de fairesanctionner mes projets par les députés dela nation espagnole convoqués à Bayonne ,
cette nation tout entière se soulevait,comme si elle se fût donné le mot pour con-fondre mes espérances.
Le canon du 2 mai retentissait encoredans toute l’Espagne , quand le bruit se ré-pand que Ferdinand a été forcé d’abdiquerla couronne et enfermé ; que ce prince, noncontent de protester contre une telle vio-lence, fait un appel à tout ce qu’il y a debraves Espagnols pour sauver le royaume.Une proclamation touchante, mais fabriquéepar nos ennemis, est adressée au nom duroi captif aux Aragonais et aux fidèles Aslu-riens qui défendirent le berceau de la mo-narchie : elle confirme ces bruits. En unclin d’œil, l’Espagne est en feu ; Valence,Séville et Cadix se révoltent ; l’escadre fran-çaise, à l’ancre dans ce dernier port, estcapturée. Le capitaine-général Solano, quis’est couvert de gloire en combattant contrenous en 1794 aux Pyrénées orientales , maisqui a suivi depuis lors l’armée de Moreaucomme volontaire, accusé de protéger lesFrançais, est massacré. A Séville, à Valence ,les mêmes scènes se répètent : ici le capi-taine-général est mis en pièces ; lesFrançais,établis en grand nombre dans cette ville,sont massacrés ou jetés dans les fers, etvoient leurs propriétés livrées au pillage.
Une junte de gouvernement s’installe àSéville , et s’arroge les pouvoirs conférés auconseil provisoire et à celui de Castille et desIndes, pour régir le royaume en l’absencede son souverain. La province des Asturies crée une junte de son côté, et demande deson chef des secours à l’Angleterre. Uneautre junte dans l’est demande des secoursà l’Autriche , et, comme par réminiscencede la guerre de la succession, elle proposele trône d’Espagne à l’archiduc Charles.L’amiral Collingwod envoie à Trieste unefrégate pour le chercher, tandis quel’Angleterre reconnaît officiellement Ferdi-