8 VIE POLIT. ET MILIT. DE NAPOLÉON.
avait jugé, après vingt ans d’expérience, que sonparti était trop faible pour résister aux vœux del’immense majorité des classes moyennes qui,dans un pays dénué d’institutions aristocratiques,finit toujours par dicter la loi (i). Il sentait que,pour se maintenir sur le trône, il fallait régneravec cette majorité, c’est-à-dire, avec les intérêtsde la révolution : Henri IV avait dit que Paris valait bien une messe, Louis XVIII pensa que lacouronne de France valait bien une constitution.
Il était évident qu’il ne pouvait gouverner parles anciennes magistratures du royaume, dont ilne restait aucun vestige; ce n’était ni avec les dé-
(i) L’opinion émise ici paraît avoir inspiré à Napoléon ses fameux décrets de Lyon ; mais dans tout le reste de sacarrière, il semble avoir eu la conviction que, s’il est tou-jours bon d’agir sur l’esprit des masses, il n’est pas moinsvrai que les majorités ou les masses sont plutôt faites pourêtre contenues et menées, que pour influencer elles-mêmesla direction des affaires. Dans les grandes questions de lapolitique, les voix doivent se peser et non se compter , caron sait combien les masses sont étrangères à ces questions,même chez les peuples qui se prétendent les plus civilisés.
Qu’attendre, en effet, de l’habileté politique de la multi-tude, lorsque, au sein d’une assemblée de quatre à cinqcents députés représentant les notables d’un pays, on auraitpeine à trouver cinquante hommes-d’état dignes de ce nom?heureux encore si, parmi ceux-ci, il y a deux ou trois poli-tiques du premier ordre.