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Mémoires du Général Rapp, Aide-de-Camp de Napoléon / écrits par lui-même et publiés par sa famille
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Mémoires

Nous partîmes pour Orsza, nous logeâmeschez des jésuites. Napoléon désespérait de re-voir l’arrière-garde. Nous n’apercevions plusd’infanterie russe; il était probable q’uelleavait pris position: elle ne devait rien laisseréchapper. Le lendemain nous poussâmes a deuxlieues plus loin; nous fîmes halte dans un mau-vais hameau. C’est la que l’empereur appritvers le soir l’arrivée de Ney, et sa jonction avecle quatrième corps. On peut facilement se faireune idée de la joie qu’il éprouva, et de l’accueilqu’il lit le lendemain au maréchal. Nous arrivâ-mes a Borisow: Oudinot avait battu Lambert;les fuyards s’étaient ralliés â Tchitschacof, etcouvraient la rive droite de la Bérésina. Napo-léon devait être inquiet: nous n’avions ni équi-pages de pont ni subsistances. La grande arméeavançait, Witgenstein approchait, et les troupesde Moldavie nous fermaient le passage; nousétions cernés sur tous les points : la positionétait affreuse, et n’avait peut-être pas d’exem-ple. Il ne fallait rien moins que la tête et legrand caractère de l’empereur pour nous tirera’un si mauvais pas: aucun Français , pas mêmeNapoléon , n’eût dû échapper.

Ce prince s’arrêta un instant â Borisow,donna des ordres pour la fausse attaque quinous sauva, et s’achemina vers le quartier-gé-néral d’Oudinot, qui était a quelques lieuesplus loin. Nous couchâmes un peu en deçà,dans une campagne qui appartenait â un princeRadziwill; nous passâmes la nuit, le généralMouton et moi, sur une poignée de paille;nous pensions a la journée du lendemain, nosréflexions n’étaient pas gaies. Nous nous rend-