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Mémoires du Général Rapp, Aide-de-Camp de Napoléon / écrits par lui-même et publiés par sa famille
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Mémoires

sait la bêche et bravait les ofForts du pionnier;rien ne pouvait désunir cette masse compacte;la hache même rebondissait. Il fallut recourirau feu pour l’amollir; de grands amas de bois,disposés de distance en distance, et alimentéslong-temps, furent les seuls moyens qui per-mirent de faire les terrassements, d’élever lespalissades nécessaires. A force de travail et depersévérance, nous exîmes encore la satisfac-tion de voir en état de défense des ouvrages apeine ébauchés. Le Holm, Weichselmunde, lecamp retranché de JNeufahrwasser, et cettemultitude de forts qui protègent les avenues deDantzic, furent mis a même d’opposer une no-ble résistance ; et si cette ville ne reçut pas ledegré de force dont elle est susceptible , ellefut du moins capable de soutenir un siégé dontla durée et les épisodes ne sont pas ce qui honorele plus les armes étrangères.

Ces fatigues étaient au-dessus des forces hu-maines: le bivouac, les privations, un servicecontinuel, les aggravaient encore ; aussi lesmaladies ne tardèrent pas a paraître. Dès lespremiers jours de janvier, chaque soleil nousemportait cinquante hommes : a la fin du moissuivant, nous en perdions iusqu’a cent trente,et nous comptions plus de quinze mille mala-des. Des troupes, l’épidémie était passée auxhabitants ; elle faisait parmi eux les plus affreuxravages; ni l’âge ni le sexe n’étaient épargnés:ceux qu’assiège la misère, ceux que l’aisance,que le luxe environnent, sont également saproie. Tout succombe, tout périt, et le jeunehomme qui essaie la vie, et le vieillard quiachève sa carrière: le deuil règne dans toutes