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Mémoires du Général Rapp, Aide-de-Camp de Napoléon / écrits par lui-même et publiés par sa famille
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du général Rapp.

enveloppée dans des linges, ou marchant al’aide d’un bâton, j’étais touché jusqu’aux lar-mes. J’eusse voulu donner quelque relâche ades hommes si malheureux, et pourtant si dé-voués; les Russes ne le souffrirent pas. Ils s’é-taient imaginé que leurs proclamations avaientproduit tout l’effet qu’ils en attendaient, quenous nous battions entre nous, que le peupléétait en révolte. Ils résolurent de profiter d’aussibelles circonstances, et de nous enlever.

Nous étions au mois de mars. Le 5, dès lapointe du jour, ils fondent comme des essaimssur nies avant-postes ; ils couvrent, ils inondenttoute ma ligne , et se répandent par torrentsdans les villages quelle renferme. Au bruitd’une aussi brusque attaque, je donne les or-dres nécessaires et je m’achemine vers Lang-fuhravec le général de division Granjean. Nousavions a peine fait quelques pas que nous enten-dîmes battre vivement la charge; c’étaient leschefs de bataillon Claumont et Blaer qui seprécipitaient a la baïonnette sur une colonnede trois a quatre mille Russes , et la dispersaient.Nous doublâmes de vitesse pour les soutenir;mais le choc avait été si impétueux que nousne pûmes arriver a temps : nous touchions auvillage , lorsque les acclamations des soldatsnous annoncèrent la victoire. J’accourus pourles féliciter de ce beau fait d’armes; car c’enétait un, puisque moins de huit cents hommesavaient fait mordre la poussière il des massesquadruples d’infanterie et de cavalerie. Ilsavaient même failli s’emparer des pièces: troisvoltigeurs napolitains coupaient déjà les traits