2Ô2 MÉMOIRES DE NAPOLÉON.
fut arrêtée par le canon du fort de Bard.
Ce fort, entre Aoste et Ivrée , est situé sur unmamelon conique, et entre deux montagnes,à vingt-cinq toises l’une de l’autre ; à son piedcoule le torrent de la Doria, dont il ferme ab-solument la vallée ; la route passe dans les for-tifications de la ville de Bard, qui a une en-ceinte et est dominée par le feu du fort. Lesofficiers du génie , attachés à l’avant-garde ,s’approchèrent pour reconnaître un passage,et firent le rapport qu’il n’en existait pas d’au-tre que celui de la ville. Le général Lannes or-donna, dans la nuit, une attaque pour tâter lefort; mais il était partout à l’abri d’un coupde main. Comme il arrive toujours, en pareillecirconstance, l’alarme se communiqua rapi-dement dans toute l’armée, et reflua sur sesderrières. Des ordres même furent donnés pourarrêter le passage de l’artillerie sur le Saint-Bernard ; mais le premier consul, déjà arrivé àAoste , se porta aussitôt devant Bard : il gravitsur la montagne de gauche, le rocher Albaredo,qui domine à la fois et la ville et le fort, etbientôt reconnut la possibilité de s’emparer dela ville. Il n’y avait pas un moment à perdre :le 25 , à la nuit tombante, la cinquante-hui-tième demi-brigade, conduite par le chef Du-four, escalada l’enceinte, et s’empara delà ville