HOTES ET MÉLANGES. 1 53
premier engagement entre les deux peuples. Annibal suivitalors son plan de campagne digne de son génie. Au lieu demarcher sur l’armée romaine , qui lui eût aisément échappéaprès lui avoir fait perdre plusieurs jours, en s’embarquantsur sa flotte ( 1 ), ou bien en se renfermant dans Marseille ,ville forte et opulente dévouée aux Romains ; au lieu des’engager dans les défilés des Alpes maritimes ou cotiennes ,où l’armée romaine serait toujours arrivée avant lui, pourlui en disputer le passage, sans doute avec succès, puisquele nombre est inutile dans ces gorges resserrées dont les ro-chers âpres et difficiles sont inexpugnables ; il résolut deremonter le Rhône et d’aller prendre les Alpes de reverspar le pays des Allobroges, en évitant de les attaquer defront. Ce plan admirable lui donnait la facilité de trans-porter son armée tout à coup dans le bassin fertile du Pô,au milieu des Gaulois cisalpins, ses alliés naturels, sansavoir presque d'autres ennemis à combattre que les rigueursdu froid, et l’âpreté des lieux. 11 fallait tromper l’armée ro-maine par une marche imprévue, afin de lui dérober lepassage des Alpes (a). Ainsi le général carthaginois ne s’a-
(t) Scipion campa sous sa flotte, à l'embou-chure du Rhône , à vingt-quatre lieues ducamp des Carthaginois. Il y était hors de touteatteinte, et Annibal n’a pas dû se détournerde son principal objet pour courir après lui.
(2) Dérober à qui ? l'armée de Scipion étaiten Espagne, celle de Manlius était à Plaisancesur le Pô.