LIVRE I, CHAP. IV. 183
l’autorité dictatoriale des représentants du peuple, ontbien fait ressortir les Kleber, les Desaix , les Moreau ,les Saint-Cyr, les Reynier, les Jourdan, les Soult;mais les institutions n’y ont été pour rien, et une ar-mée doit en avoir qui soient au-dessus des événementsfortuits, et indépendantes des hommes.
La cavalerie qui ne le cédait en bravoure à aucunetroupe de l’Europe était bien montée; cependant sesrégiments se trouvaient beaucoup trop faibles, et sonordonnance défectueuse; ses officiei’s généraux n’é-taient point instruits à la mouvoir en grandes massesd’après la nature du terrain. Dans les guerres subsé-quentes , les défauts de cette arme ont été en partiecorriges, et l’expérience, en prouvant ce que peut faireune bonne cavalerie , a démontré aussi combien celledes Français avait besoin de informes.
Les désordres qui agitaient la France , et auxquelsl’armée participait plus ou moins , firent craindre quesa dissolution ne devînt complète dès les premièreshostilités. A peine la guerre fut-elle allumée , que ledésastre du 10 août et la fureur démagogique enle-vèrent onze régiments de bonne infanterie suisse , aumoment où l’on ne savait comment faire face aux enne-mis. L’émigration semblait devoir mettre le comble àcet état de choses affligeant ; elle privait l’armée desanciens officiers sur lesquels on comptait le plus. Maisici les calculs naturels furent encore en défaut; cette fuitedes princes, des généraux et des officiers de marque,au lieu de compromettre le salut de l’armée, de dé-courager le soldat , ouvrit un champ vaste à l’émula-tion ; tels militaires qu’on n’aurait pas soupçonnés ca-pables de commander un régiment, apprirent l’art de