LIVRE I, CH AP. . 207
par 13 degrés de froid et aux jours fixés , comme il leferait dans un bon cantonnement pour aller à une pa-rade. Cet esprit admirable d’ordre et de précision,joint à l’instinct naturel que le soldat a de se pelotonnerau lieu de fuir quand il est enfoncé, rend les défaitesextrêmement rares. Sans doute une telle troupe est moinsfacile à rallier sur le terrain qu’une armée française ,où l’intelligence du soldat supplée souvent au défautd’ordre ; mais elle est aussi plus difficile à rompre.
Cet instinct qu’aucune des troupes de l’Europe nepossède au même degré, s’est fortifié cjicz les Russespar les guerres contre les Turcs. Là, tout fuyard est sa-bré par les nuées de cavaliers qui se répandent sur lesflancs et les derrières de l’armée. Ce n’est qu’en restantfermes et réunis qu’on échappe à une destruction iné-vitable.
La noblesse de l’Empire , que l’on croit en posses-sion des droits les plus exclusifs, sert avec un désinté-ressement unique , et si la faveur accorde quelquespréférences à de grands noms , il faut convenir quenulle part ces exceptions ne sont moins sensibles : ilfaut passer par tous les grades avec une rigidité peucommune , et en commençant même par être bas-offi-cier. Quelle distance n’y a-t-il pas de cette noblessemâle et généreuse qui commence par le métier de sol-dat, à ces gentilshommes courtisans qui, en France ,devenaient colonels en sortant des mains de leur pré-cepteur , ou à ces grands d’Espagne qui ne voulaientplus de dignités militaires , parce qu’on admettait desroturiers dans les grades subalternes? Avec quels sen-timents d’estime n’a-t-on pas vu ces Tolstoy , ces Ga-litzin , simples guides d’état-major , attendre , au bout