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inspiré de l’aversion, bien plus que l’estime à laquelle il pré-tendait. La seule perspective de perdre à jamais une colo-nie dont les produits, augmentés de la partie espagnole,verseraient annuellement 400 millions dans la balance ducommerce français, et qui occuperait plus de deux mille bâ-timents avec 30 mille matelots (1), portait l’indignation dansl’esprit du Consul, dont l’idée dominante était à cette épo-que vers la restauration de sa marine et les moyens de lutteravec l’Angleterre.
Bonaparte n’eut donc pas de peine à partager les préven-tions du ministre contre un colonel français qui osait croireToussaint inattaquable. Celui-ci s’épuisa en vaines observa-tions : il prétendit l’inutile sacrifice qu’on ferait des vété-rans de Holienlinden, de Marengo et d’Aboukir , en les en-voyant lutter sous le tropique contre la fièvre jaune et desbarbares acclimatés, combattant pour leur existence. Cesavis furent reçus comme des conseils intéressés ou pusilla-nimes , et le colonel du génie, envoyé en Toscane, reçut l’or-dre de ne plus s’occuper des affaires de Saint-Domingue.
Quelques recherches que l’on fût tenté de faire pour
(i) Saint Domingue avant la révolution importait en marchan-dises d’Europe, la valeur de 25o millions, et donnait une ex-portation de 460 millions de denrées coloniales, dont la moitiéétait réexpédiée au dehors : ce qui produisait un mouvementde 700 millions , et occupait 1,600 bâtiments et 27 mille mate-lots, La réunion de la partie espagnole sous une bonne adminis-tration devait en dix ans augmenter considérablement. MathieuDumas ne porte le produit qu’à 168 millions, peut être compte-t-il seulement ce qui restait dans la balance en faveur de laFrance, ce qui ne donne pas un résultat exact.