130
ÏIISTOIRE DES GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
miter à la lettre les ordres du gouvernement ? C’est ce quenous ignorons ; mais il n’est que trop vrai qu’il eut lieu dese repentir de ses ménagements.
Toussaint Toussaint vivait retiré depuis deux mois dans sa terre prèsest^'iiduu’ TEnnery, lorsqu’on intercepta quelques-unes de ses lettresen France. g U i dévoilèrent toute sa pensée. Cette découverte décida legénéral en chef à le faire arrêter, ainsi que le colonel Fon-taine, son aide-de-camp, avec lequel il entretenait cette crimi-nelle correspondance. La fièvrejaune atteignait alors son plushaut degré d’intensité ; ses progrès étaient si effrayants, quechaque jour signalait la disparition de plusieurs centaines debraves, et que pour diminuer les chances de ce fléau, Leclercavait jugé indispensable de transférer son quartier-général àFile de la Tortue. Toussaint se réjouissait de ces désastresen termes mystérieux, à la vérité, mais dont il était difficilede se dissimuler le vrai sens. 11 se félicitait de ce que laProvidence venait enfin à son secours (la Providence étaitle nom du grand hôpital du Cap, où les malades mouraienten quantité, et dont il faisait ainsi le sujet d’un atroce jeu demots). En réfléchissant à la carrière de ce chef vindicatif etastucieux, on ne pouvait se méprendre sur ses intentions;d’ailleurs, on l’avait surveillé d’assez près pour être à mêmede recueillir une foule d’indices, sur le projet qu’il déguisaitmal de reprendre les armes.
Le général Brunet reçut donc l’ordre de l’attirer dans uneconférence, sous prétexte d’un arrangement relatif au can-tonnement des troupes, et de se saisir de sa personne, ainsique de l’escorte sans laquelle il ne marchait jamais. Brunets’acquitta de cette tâche avec autant d’adresse que de vi-