150 HISTOIRE DES GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
sans les justes alarmes qu’on inspira à son parti. Gagner cettecaste valeureuse, en nommantRigaud, Boyer et Pétliion lieu-tenants du capitaine-général, à la place des noirs qu’on eutrenvoyés en France, pour y être employés dans leur grade,tel eût été peut-être le moyen de conserver la colonie, nonqu’il fût exempt de danger. C’était remettre , je le sais, lesintérêts de la métropole à des agents suspect; mais ils étaientmoins nombreux que les noirs , et ils avaient encore tropbesoin de la France, pour s’en détacher.
Toutefois ce ne sont que des probabilités plus ou moinsfondées. En jugeant d’après les événements, et surtout d’a-près le rôle que Pétliion et Boyer ont joué depuis, ou seraitautorisé à croire que ces deux chefs eussent hérité de l’ambi-tion de Toussaint enhéritant de sa puissance, et que la guerremaritime qui se ralluma à cette époque, eût tôt ou tard pro-voqué la déclaration de leur indépendance. La conduite mo-dérée de Pétliion, lorsqu’il parvint dans la suite au pouvoir,et le dédain qu’à l’exemple de Washington, il affecta pourl’autorité suprême, ne prouvent rien contre ces assertions;on peut dédaigner la couronne et vouloir affranchir sa pa-trie. Si les riches créoles, d’origine européenne, tiennentfaiblement à la métropole, quand] ils entrevoient un avan-tage dans l’émancipation , quelle raison d’attendre un atta-chement plus religieux, plus filial, d’hommes qui ne con-naissaient la France qu’indirectement, et ne se considéraientpas même comme Français ? La conduite des Anglo-Amé-ricains en 1770, et les derniers événements de l’Amériqueespagnole, ne prouvent-ils pas assez que la perte de S-Do-mingue était inévitable, dès que des intérêts si opposés y