Admettons que la querelle se fût engagéè alors *admettons que le Dieu des batailles eût e'té favora-ble à la France j on eût poussé des cris de joiepar tout le royaume ; on n’eût pas songé que letriomphe devait être de courte dure'e. Il faut bienle dire, dans une rencontre entre deux escadresfrançaise et anglaise, le succès sera toujours vivè-ment disputé ; il appartiendra au plus habile, auplus perse'vérant, mais il aura e'té payé bien cher,et de part et d’autre les pertes auront été énor-mes, plusieurs des vaisseaux détruits ou hors decombat. Il s’ensuit que chacun rentrera dans sesports avec une escadre délabrée, veuve de sesmeilleurs officiers et de ses meilleurs matelots.
Mais je veux supposer ce qui est sans exem-ple ; j’accorde que vingt vaisseaux et quinze millematelots anglais prisonniers puissent jamais êtreramenés dans Toulon par notre escorte triom-phante. La victoire en sera-t-elle plus décisive ?Aurons-nous vaincu un ennemi qui se laisse abat-tre du premier coup , à qui les ressources man-quent pour réparer une défaite, et qui, pour laverun outrage, soit accoutumé à mesurer ses sacrifi-ces ? Pour qui connaît le peuple anglais, il est évrdent qu'en de pareilles circonstances on le verra