FIGURE ET DIMENSIONS DE LA TERRE.
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CHAPITRE IV.
DÉTERMINATION DE LA FORME ET DES DIMENSIONS DU SPHÉROÏDETERRESTRE.
Figure du sphéroïde terrestre. — Ce qui précède Suffirait SIla Terre était rigoureusement sphérique *. Mais il y a de très-fortes raisons de croire, avant tout examen direct, que tellen’est pas sa forme réelle. Si notre globe était immobile et en-tièrement composé d’un liquide homogène, il est évident quela surface de ce liquide prendrait peu à peu, et conserveraitindéfiniment, une forme telle que la direction de la pesanteurlui fût partout perpendiculaire. Dans les lieux où cette surfaced’équilibre n’aurait pas été atteinte, les molécules voisines dela surface se mettraient en mouvement, le liquide coulerait jus-qu’à ce que le niveau se fût rétabli, jusqu’à ce que cette conili-lion fondamentale et bien connue de l’équilibre fût satisfaite.
Il en serait encore de môme si la Terre était formée d’unnoyau sphérique, solide et homogène, recouverte d’une couchetrès-mince de liquide.
Mais si, au lieu de supposer la Terre immobile, nous luires-
* Nous avons vu (p. 13) que, dans la question de la forme de la Terre, onnéglige les irrégularités produites par 1 les montagnes et les continents. La sur-face de la Terre est celle de la mer ; celle qu’un liquide en repos et couvrant leglobe tout entier prendrait de lui-même sous l’influence des forces qui agissentà la surface, à savoir, la pesanteur et la force centrifuge née de la rotationdiurne. Cela est encore vrai d’une étendue d’eau quelconque, et, par exem-ple, de la surface libre d’un liquide en repos contenu dans un vase. Celtesurface est sensiblement une portion de celle que le globe terrestre prendraiten ce lieu, s’il était entièrement recouvert d’eau jusqu’à la hauteur du vase.Je me rappelle à ce sujet avoir lu cette remarque ingénieuse du célèbremoine Roger Bacon ( Opus majus ) : Un vase à bord horizontal doit contenird’autant moins d’eau qu’il est plus élevé au-dessus du sol, car la surface duliquide faisant alors partie d’une sphère d’un plus grand rayon, la hauteurdu segment sphérique qui dépasse les bords doit être moindre. Il est inutiled’ajouter que c’est là un aperçu purement spéculatif, mais cette sphère idéaledont parle Bacon (ou plutôt l’ellipsoïde que nous allons y substituer) est pré-cisément la surface géodésique de notre globe.