EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE DBS MARÉES. 563
D'après ce que nous avons dit (§305), la direction du fil aplomb,en chaque lieu de la terre, est celle de la résultante de l'attractiontotale de la terre sur le corps pesant dont il est formé et de la forcecentrifuge développée sur ce corps par la rotation de la terre autourde son axe. Si ces deux forces étaient les seules qui agissent réel-lement sur le fil à plomb, sa direction resterait constamment et ri-goureusement la même par rapporta la surface de la terre. Mais lesoleil et la lune, en exerçant leur attraction sur le corps suspenduà l'extrémité du fil, donnent à celui-ci une direction un peu diffé-rente de celle qu’il prendrait sans l’action de ces astres ; et commeleur position par rapport au lieu que l’on considère varie continuel-lement dans l’espace de chaque jour, il en résulte que la déviationqu'ils font éprouver au fil à plomb a lieu tantôt dans un sens,tantôt dans l’autre, et que la grandeur de cette déviation changed'un instant à un autre : en un mot, en vertu de ces actions dusoleil et de la lune, le fil à plomb doit osciller continuellement depart et d’autre de la position invariable qu’il prendrait s’il n’étaitsoumis qu’à l'attraction de la terre et à la force centrifuge. Lecalcul montre que le plus grand angle formé par deux des positionsque le fil à plomb prend ainsi successivement, n’est qu’une trèspetite fraction de seconde ; cet angle est trop petit pour que lechangement de direction du fil puisse être aperçu, quelque soinque l’on mette à l’observer.
Le fila plomb n’est pas le seul instrument dont on puisse se servirpour reconnaître le changement de direction de la verticale ; un ni-veau à bulle d’air, ou même un niveau d’eau, pourrait égalementêtre employé pour le manifester : mais l'extrême petitesse de ladéviation totale du fil à plomb, due aux actions combinées du soleilet de la lune, fait que les niveaux les plus sensibles dont nous nousservons habituellement ne nous indiqueraient aucunement l’exis-tence de cette déviation. On comprend cependant que, si un niveauavait des dimensions suffisamment grandes; si, par exemple, salongueur était égale à la distance qui sépare l’Europe de l’Amérique,le changement périodique qu’éprouve la direction de la verticalepourrait devenir facile à apprécier à l'aide de cet immense niveau :on devrait voir la surface du liquide, dans cet instrument, s'élever ets abaisser périodiquementà chacune de ses extrémités. Or, ceniveauest réalisé par l’océan Atlantique, qui s'étend en effet de l’Europe àl’Amérique ; les oscillations de lasurfacede l’Océan, qui constituentle phénomène des marées, ne sont autre chose que les mouvementsoccasionnés dans le liquide par le changement périodique de la di-rection de la verticale, résultant des actions du soleil et de la lune.
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