NOTICES BIOGRAPHIQUES. 459
« voir, sans dire ma pensée, une si belle intelligence perdue« pour la science... (*) »
Ces paroles ne sont pas restées sans réponse, mais je doisme borner aux réflexions suivantes :
II y avait quelque chose de Fontenelle dans M.Biot: l’amourd’une douce et parfaite quiétude.
Mais celui-ci ne quittait pas le sanctuaire de la science, etl’autre la représentait dans les salons.
Arago, tout en faisant de la politique, la représentait dans lemonde entier, à la satisfaction générale.
Sous ce rapport, il n’est pas un savant qui ne soit prêt àdire : « Si j’étais Arago, je ne voudrais pas être ce que je suis. »En effet, il n’est donné qu’à quelques esprits de remplir le rôlede phare dans ce monde invisible dont Dieu est le soleil; laplupart y remplissent l’office de lampes, voire même deveilleuses scientifiques.
Arago a reculé, par ses travaux, les limites du domaine dela science; mais s’il ne s’est pas voué corps et âme, pendanttoute sa vie, à un travail spécial; s’il a distribué ses efforts surune multitude de sujets, comme M. Biot; s’il n’a pas fait unmeilleur usage que lui du temps qu’il a consacré à la science,il eut sur lui, selon beaucoup d’esprits, l’avantage de ne pas seborner à travailler pour elle seule.
Enfin, comme il avait un tempérament et des aptitudesconformes au grand rôle qu’il a joué, Arago sut rendre degrands services à la Chambre, au Conseil général, à l’Aca-démie des sciences et à l’Observatoire. Il ne craignait pas lapopularité, mais il a prouvé plus d’une fois qu’il ne la recher-chait pas.
(*) Arago n’a été perdu pour elle qu’en cessant de vivre. 11 est bonderappeler, à ce propos, la brochure qu’il publia, un an avant sa mort, sousce titre : De l’ancienne Ecole polytechnique, car dans cet écrit, dont l’objetétait de prouver que la pratique peut s’allier parfaitement aux connaissancesthéoriques les plus élevées, l’auteur apprécie avec calme les travaux deson illustre confrère : « Parmi les savants de notre époque, dit Arago,celui qui s’est occupé avec le plus de suite, de persévérance, de succès, dela partie spéculative des sciences mathématiques et physiques, est sanscontredit l’illustre doyen de notre Académie, M. Biot, de la promotion de1794 ...»