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Première partie.
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INTRODUCTION.-CHAPITRE VI.

Il est rare qu’une grande idée populaire ne se retrouve pas dans dessociétés différentes, au même échelon de leur développement mental. Dansl’ancien livre chinois Koue-yu, qui par une circonstance bizarre est à fortpeu près de la même époque que Pythagore , on voit une longue dissertationsur les rapports des nombres astronomiques avec ceux qui représentent lesnotes, les tons et les accords 1 . Job n’avait-il pas dit, chez les Hébreux, queles étoiles du matin chantent un chœur 2 * * ? Les anciennes légendes de l’Inde parlaient aussi des sons rendus par les astres dans leurs mouvements, sonsqui devenaient parfois audibles sous la forme d’un concert des ghandarvas,les musiciens célestes 5 . Si d’ordinaire, disaient ces légendes, nous n’enten-dons pas l’harmonie des deux, c’est par suite de l’habitude, qui nous rendinsensibles à ses accords.

11 y avait en effet à expliquer par quelle cause nous ne sommes pasfrappés des sons du concert céleste. Les pythagoriciens, remarquant appa-remment que tout mouvement auquel nous participons n’est sensible quepar les interruptions et les secousses, croyaient qu’afîn de percevoir un son,il faut aussi des arrêts, c’est-à-dire des silences i . Mais l’idée de sonoritéparaissait tellement attachée à celle de mouvement qu’on croyait parfoisentendre, dans les instants de calme absolu, l’harmonie des sphères. Dans lespremiers temps du christianisme, il y avait encore des sectes qui attribuaientun concert aux mouvements célestes. C’étaient les notes naturelles de lagamme qui résonnaient ensemble, les plus élevées provenant des sphères lesplus éloignées 5 . Le Soleil, dit Clément d’Alexandrie, répand sa lumière surles six autres planètes qui l’accompagnent, suivant les rapports d’une musiquedivine y . Tycho Brahé ne croyait plus au concert céleste; mais il se deman-dait par quelle raison on n’entendait pas le sifflement produit par la Terre ,dans sa course à travers le milieu cosmique.

Les vitesses des astres ne sont pas uniformes. — La conception dessphères remontait à l’époque où l’on croyait encore que les mouvements des

1 Gaubil, dans Lettres édifiantes, vol. XXVI, édit. 1783, p. 218. — 2 Job [—XV e siècle],

cap. xxxvm, v. 7. — 3 Bhagavad-Gita [vers — X e siècle]. — 4 Aristoteles , De cœlo, lib. ii,cap. 8. et le commentaire de Simplicius. — 3 Irenaeus , Adversus haereses, lib. i, cap. 10.— 6 Clemens Alexandrinus, Stromala, lib. ni. Shakespeare a dit (Merchant of Venice ,act v, sc. 1) :

There’s not the smallest orb, winch thou behold’st,

But in bis motion like an angel sings,

Still quiring to the young-eyed cherubims;

Such harmony is in innuortal songs!