ÉPOQUE EMPIRIQUE. - FRAGILITÉ DES SYSTÈMES.
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marque donc un échelon naturel dans l’évolution de l’intelligence. Il suffiraitpour le prouver de rappeler le passage successif de toutes les civilisations,à un certain degré de leur existence, par la phase de l’astrologie. Cettemanifestation scientifique, erronée mais savante par son caractère, n’appar-tient en propre à aucun peuple ni à aucun temps. Elle se présente partout,lorsque le même horizon intellectuel est atteint. Elle n’est pas exclusivementpropre à l’antiquité ni aux populations de l’Égypte et de la Chaldée. Elleparaît en Grèce , un peu après les écoles de philosophie, à l’époque où l’espritde système s’occupe de l’univers matériel. Elle s’introduit à Rome , quandRome a des sciences. Elle entraîne les Arabes et après eux les Européensde la renaissance. A mesure qu’une nation est plus lente dans son dévelop-pement et plus tardive, elle se montre plus tard et se conserve plus long-temps chez elle. On a vu le pouvoir que l’astrologie exerce à cette heuremême dans l’Inde; on a vu comment la Perse, le Thibet, la Chine, le Japon modernes sont livrés à ses erreurs. Si l’Amérique y avait à peu près échappé,c’est que sa carrière scientifique était moins avancée; mais un pas de pluset elle y arrivait '.
II est donc visible que l’astrologie est, dans le développement astrono-mique général, une phase naturelle, par laquelle a passé, durant l’époquede systématisation, toute évolution séparée. Elle est aussi universelle, surl’horizon de cette époque, que l’astrolâtrie l’était sur l’horizon précédent.L'un de ces états suit l’autre et n’en est en quelque sorte qu’une transfor-mation. Les astres, en cessant d’être des dieux, deviennent des puissancesphysiques et mécaniques. Le progrès des connaissances positives modifie peuà peu les conceptions.
.Mais l’idée nouvelle ne se substitue pas de toutes pièces à la notiondépassée. Elle s’introduit d’abord côte à côte des vieux errements. Les pré-jugés survivent longtemps aux découvertes de la science. Le culte des dieuxsidéraux et la vénération du feu sacré se sont perpétués avec le paganisme ;et nous avons vu que, dans notre civilisation même, les dernières traces n’enont pas encore disparu partout " 2 . L’astrologie, plus récente, appartenant àun développement plus avancé, a encore pleine possession de nos popula-tions en ce qui touche les phénomènes de météorologie, de physique duglobe, et même jusqu’à un certain point ceux de la physiologie des planteset des animaux. La superstition est traditionnelle et résiste à l’enseigne-ment de nos écoles de tous les degrés. Combien parmi nous, même au seinde nos classes éclairées, ne souscriraient pas encore comme à un axiome, à
1 Plus haut, présent chapitre, p. 228. — 2 Voir Chapitre IV, p. 11(5 et 121.