256
INTRODUCTION. - CHAPITRE VIII.
genre, à Raguse en Illyrie , que l’on voyait encore au XVI e siècle, placé dansun lieu d’où Ton découvrait l’horizon de la mer. Il avait la forme d’un bois-seau ou d’un tambour à un seul fond, et l’on y regardait en tournant le dosaux objets à examiner. Buraltini en parle, d’après des renseignements authen-tiques, dans une lettre qui a été publiée par Libri '. On ignore complètementce qui est advenu de cet objet remarquable. Mais il est constant que lescontemporains eux-mêmes n’ont attaché à ces instruments qu’une importancelocale et un intérêt de curiosité. Il n’existe surtout aucune trace que cesappareils aient jamais été tournés vers le ciel. Le seul emploi scientifiquequ’il soit possible de citer des miroirs grossissants, avant les télescopesmodernes, est celui que Rucellai en a fait au XVI e siècle, pour suivre deplus près les travaux des abeilles 2 .
Les tubes de visée ou pseudo-télescopes. — Un peu avant l’invention dela lunette de Galilée , on avait aussi possédé des télescopes dioptriques; maisc’était également à litre d’objets curieux, et seulement comme instrumentsd’expérience dans les cabinets. Il ne faut pas cependant prendre pour deslongues-vues les simples tubes qui ont été employés en divers temps, etpresque par tous les peuples, pour isoler le rayon visuel. Aristote n’ignoraitpas l’avantage que l’on trouve à regarder à travers un tube 3 . « En se mettantdans l’obscurité, dit Buffon, on peut avec un long tuyau noirci faire unelunette d’approche sans verre, dont l’effet ne laisserait pas que d’être fortconsidérable pendant le jour 4 * . » En effet, la lumière latérale est écartée, etl’attention se trouve concentrée tout entière sur l’objet à examiner.
Strabon compare le Soleil couchant, vu à travers les vapeurs de l’atmo-sphère, à l’aspect des objets qu’on regarde par un tube 3 . Le mot qu’ilemploie, autos, tout étrange qu’il ait paru à Vossius , désigne bien un véri-table tuyau. Un vieux manuscrit, cité par Wood, rapporte qu’à l’époque oùCésar méditait sa descente en Angleterre, il examinait du haut du cap Gris-Nez la côte opposée du détroit en regardant à travers un tube 6 . HermannAdler a trouvé du reste dans le Talmud , à l’époque du I er ou du II e sièclede notre ère, la mention d’un tube qui servait à mieux distinguer les vais-seaux à la distance de 2 000 coudées 7 .
1 Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. I, 1838, p. 21 G. — 2 Rucellai,
Le api, 1339, v. 970. — 3 Aristoteles , De generatione animalium, lit), v, cap. 1. —
4 Bu/fon, Histoire naturelle de l’homme, éd. 4", t. III, 1749, p. 325. — s Strabu, Des
geographicae, lit), m, cap. 1. — c Wood, Historia et antiquitates universitatisoxoniensis,
pari, i, 1674, p. 136. — ' Environ 1 kilomètre.