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INTRODUCTION.
CHAPITRE X.
si la judiciaire n’est plus toute-puissante, elle conserve au moins de profondesracines dans les esprits. Les grands éclats de Vénus, les pluies d’étoilesfilantes, les hauts crépuscules rouges passent encore pour des signescélestes. Les comètes continuent à annoncer la guerre aux populations despays les plus éclairés. Si l’on ne tire plus d’horoscopes, c’est seulementd’hier. Sur la grande sphère de Coronelii, exposée à la Bibliothèque natio-nale de Paris , on voit marquées les positions des planètes à l’instant précisde la naissance de Louis XIV , positions qui ont servi à prédire à l’enfantroyal sa brillante destinée.
Dira-t-on même qu’il ne se fait plus de miracles dans le ciel? Le Soleilne s’est-il pas arrêté pour favoriser un grand roi, sinon notre contemporain,au moins tout à fait de l’époque moderne? Nos historiens ne l’ont-ils pasconsigné solennellement dans leurs relations pour notre enseignement etcelui de la postérité 1 ?
11 n’y a donc pas à le contester, le cours des notions admises ne s’arrêtepas subitement au moment où le progrès de la science vient corriger cesnotions. Les idées survivent et, pendant longtemps, causent au moins lasubsistance de certaines formes. Il en reste des vestiges rudimentaires dansla science aussi bien que dans les coutumes ou dans les mœurs. Les fablesastronomiques cessent un jour d’être enseignées et, plus tard, elles cessentmême d’être comprises. Elles finissent par tomber dans l’oubli. Mais,malgré cet abandon, elles laissent leurs traces après elles, comme uneempreinte des premiers efforts de l’esprit humain. Dans l’évolution de l’in-telligence, comme dans celle d’un organisme, il semble que rien ne meuretout à fait.
Existe-t-il des opinions héréditaires? — Cette survivance serait de natureà faire supposer qu’il y a des idées héréditaires. On ne l’observe pas seule-ment dans les classes ignorantes, qu’on pourrait regarder comme desexemples d’un développement arrêté, conservant le niveau des sociétésantérieures; elle s’étend à tous les rangs sociaux.
Ce sont les classes lettrées qui ont sous leur patronage l’instruction; et cependant que de difficultés les facultés des sciences n’ont-ellespas rencontrées à leur création? Quelle peine n’a-t-on pas encore à enconstituer l’outillage, à en développer les moyens d’action? Le Collège deFrance , que nous regardons comme une des sources les plus élevées del’initiative scientifique, était à peine institué qu’on brûlait solennellement
i Plus haut, Chapitre IV, p. 109.