LASTRONOMIE DANS L HISTOIRE.
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devant sa façade les Animadversiones aristotelicac de Ramus 1 . Il n’y aguère plus d’un siècle que l’Université de Salamanque , questionnée sur laconvenance d’introduire dans son programme les sciences physiques,répondait par la négative. Le rapport officiel n’apercevait pas ce quel’esprit pouvait y gagner. « Newton, y est-il dit, n’enseigne rien qui puissefaire un bon logicien ou un bon métaphysicien, et Gassendi et Descartes nes’accordent pas aussi bien que le fait Aristote avec la vérité révélée 2 . »
Contre qui Galilée eut-il à lutter? Ce n’étaient pas seulement des igno-rants qui composaient la phalange anti-copernicienne, c’étaient des écri-vains, des physiciens, des astronomes même, des hommes lettrés et instruits.On eût dit qu’une impulsion involontaire, placée en dehors du contrôle dela raison, dominait des générations entières. Aujourd’hui encore, un siècleet demi après la découverte de l’aberration des étoiles, on n’a pas cesséde voir paraître des ouvrages destinés à combattre le mouvement de laTerre .
La croyance dans une influence de la Lune sur le temps est répandue danstous les rangs de la société indistinctement. Elle se maintient en dépit de l’en-seignement commun. Aucun intérêt n’est en jeu pour soutenir ce système,aucune classe d’hommes, aucune organisation ne profite du préjugé. Il nes’agit pas, comme pour les idées religieuses, de la transmission d’un dogmeque les pères mettent de l’importance à inculquer à leurs enfants. Et cepen-dant, à bien peu d’exceptions près, les hommes de notre temps et de notrecivilisation professent sur ce point des opinions dont la science montrechaque jour la fausseté. Ces notions ne faisant pas l’objet d’un enseignementpositif, faut-il conclure que les individus trouvent en eux-mêmes une pré-disposition à les accepter?
Le fait, chez nos ancêtres, d’avoir pensé d’une certaine manière, pendantun grand nombre de générations successives, laisserait-il dans le cerveaudes traces transmissibles? Serions-nous ainsi plus accessibles aux opinionsdéjà partagées par nos pères qu’aux idées différentes et nouvelles? Commentexpliquer autrement cette espèce de glissement de la pensée, en dehors detoute pression et même en sens inverse de l’enseignement scolaire, versune ancienne conception erronée? Les influences prénatales s’étendraientdonc au delà du domaine des instincts purement matériels.
Cette disposition expliquerait pourquoi la science doit compter, dans sesprogrès, avec les habitudes héréditaires de la pensée. Celles-ci ayant une
1 En mars 1544. — 2 Cité par Draper, A history of the intellectual development of
Europe, 1843, ch. xxij.