LES LIVRES A CLEF
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« J’ai écrit ces pages avec une ten-dresse profonde ; j’y ai mis tout monamour pour l’indépendance d’une na-tion que j’aime.» C’est ainsi que s’ex-prime l’auteur, dans la préface de ceroman symbolique, manifestementinspiré par les événements qui se pré-paraient alors dans la péninsule ita-lienne. Ce livre n’est donc point unefiction ordinaire, c’est un roman poli-tique dont les principaux héros, bienplus patriotes qu’amoureux, n’aspi-rent qu’à l’indépendance et à l’unitéde l’Italie . La comtesse de Santangelo,la solitaire exaltée, le moine de génieFabio, la marquise Gennara, le jeuneet ardent Giusto, le fourbe abbé Ce-sari, ne sont point des personnagesimaginaires. « Mais, dit M. L.Ulbach,(«Correspondance littéraire »du 5mars1 85g), l’auteur a supprimé les nomshistoriques et les a remplacés par desnoms de fantaisie qui lui donnentplus de facilité pour les évolutionsque nécessitait le drame intime qu'ilmêle au grand drame de l’Italie . Tou-tefois, on ne saurait s’y méprendre, etl’incognito que garde Charles-Albert(le prince Enéas) ne fait tort ni àl’histoire, ni à la fiction. » — Il y alà une clef bien curieuse à recons-tituer.
TATIANA LEILOE, roman pa-risien, par Edouard Rod. — Paris ,Plon et Nourrit, 1886, in-18 de284 pages, 3 fr. 50.
Tatiana Léilof est une jeune Russevenue à Paris à la suite de revers defortune. Des amis dévoués, qui ontcru découvrir en elle l’étoffe d’unegrande artiste, lui procurent un enga-gement à la Comédie-Française . Sondébut aboutit à un bruyant échec. Pardépit, elle se donne, ou plutôt elle sevend à un viveur à la mode, le beau deQuenneville, qui, ne l’aimant mêmePas, n’a recherché sa conquête que par
vanité et bientôt, lassé, l’abandonne.Ecœurée, révoltée, Tatiana tente desortir de la fange où elle est tombéeen se relevant dans un deuxième dé-but. Cette fois encore elle échouecomplètement ; désespérée,elle se tue.
11 n’est pas difficile de reconnaître,dans ce livre, l’histoire de M lla Fey-ghine (Tatiana Leïlof) et du jeune ducde M.... (de Quenneville), qui fit dubruit il y a deux ou trois ans.
TCHOU-CHIN-GOURA, ou uneVengeance japonaise. — Roman Ja-ponais traduit en anglais avec noteset appendice, par F.-V. Dickins,traduction française de Albert Dous-debcs. Paris, Paul OllendorfF , 1886.Beau volume in-8 de 11-224 pages,orné de 32 fac-similés sur bois, exé-cutés au Japon , par des artistes ja-ponais et tiré sur papier japonais,
12 fr. — 50 exemplaires de luxenumérotés à la presse.
J’ai fait connaître, dans le « Journaldes Débats » (14 décembre i885), ladonnée de ce curieux ouvrage, quin’était pas absolument ignoré du pu-blic français . C’est l’épopée si popu-laire au Japon , des 47 fidèles Rônins,histoire vraie et fort dramatique surlaquelle, depuis près de deux siècles,ont écrit plusieurs auteurs japonais.En voici le sujet : Un puissantpersonnage, Moronaho, a vainementtenté de séduire Kawoyo, femme deYenya, seigneur de moins hautrang que lui. Pour se venger des dé-dains de la femme, Moronaho insultesi gravement le mari, que ce dernier,furieux, se jette sur lui et le frapped’un coup de sabre. Ce fait, commisdans l’enceinte du palais impérial, en-traîne la peine de mort, et Yenya,retiré dans son château, reçoit l’ordrede se suicider ; il obéit, ses biens sontconfisqués, tous les hommes de son