30 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAI, DUCROT.
sur notre droite, à peine à deux portées de canon.
Àbd-el-Kader lui-même commandait cette armée.(On peut bien dire une armée, puisqu’il y avait de dix àdouze mille cavaliers.) Il était facile de reconnaîtrel’Émir à son entourage et aux sept drapeaux qui mar-chent toujours devant lui. Cette armée venait donc denous tourner, et la manœuvre embarrassait singulière-ment le maréchal, car, en supposant que son projet futd’aller à Milianah, il était obligé d’y renoncer tant qu’ilavait sur ses derrières une nuée de cavaliers pouvant sejeter sur le Sahel dégarni de troupes, et mettre tout àfeu et à sang jusqu’aux portes d’Alger .
Nous faisons donc demi-tour pour suivre MM. lesArabes , qui caracolent devant nous et engagent à peineune légère fusillade avec nos tirailleurs.
Nous avons passé la nuit dans le bivouac de la veille,et grande a été notre surprise en constatant, à notreréveil, que les Arabes avaient fait un mouvement surnos deux ailes pour venir reprendre leur position du29 au matin (L).
(1) * Le maréchal Yalée semblait attendre qu’Abd-cl-Kader descenditdans la plaine. Il y descendit en effet le 29, au milieu du jour, avecdix mille cavaliers en bel ordre. On eut dit vraiment qu’il passait enrevue les troupes françaises, tant il mit d’insolence à parader devantelles. On pouvait aisément le distinguer, au milieu de la longue colonne,précédé de ses étendards, suivi de ses cavaliers rouges. Tout d’un coup,par un mouvement absolument inattendu, on le vit s’engager entre le lacHalloula et la droite de l’armée. Une marche de flanc dans un défile!Quelle audace! mais, pour le maréchal, quelle occasion magnifique! Onattendait un ordre, un coup de canon, un signal; rien ne vint. Au boutd une heure, d’une longue heure, le maréchal commanda face en arrière,et ce fut tout; l’Émir était déjà loin. Inquiet pour le Sahel qu’il semblaitmenacer, le maréchal se contentait de le suivre. Dans tous les rangs ? la