160 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
plupart de mes hommes encore éparpillés dans laplaine (1). Ce n’était pas facile ; les uns arrivaient péni-blement sur leurs chevaux éreintés, d’autres se dissi-mulaient au milieu des troupeaux pour faire main bassesur ce qu’ils pouvaient trouver à. leur convenance. Deplus, il était presque impossible de mettre en marchecette masse confuse de troupeaux tourbillonnant surelle-même et, par une sorte d’instinct, cherchant àreprendre la direction dont nous tâchions de la détour-ner pour la faire replier en sens inverse.
Tout cela avait pris du temps, et les nombreux cava-liers de ces tribus l’avaient mis à profit pour se grouperet pour tâcher de nous reprendre ce que nous leur avionssi lestement enlevé. Ils avaient pu nous compter, et, envoyant notre petit nombre, non seulement ils se mon-traient disposés à nous résister, mais ils devenaientaudacieux et entreprenants.
Comme il arrive toujours en pareil cas, nos auxiliaires,
(1) Tandis que le lieutenant du Barail ralliait son escadron, le capi-taine Ducrot, suivi de quelques goumiers, se jetait, plus à gauclie, auStrousses d’un très petit groupe de cavaliers parmi lesquels il avait crureconnaître Àbd-el-Kader . Au moment où il espérait les atteindre, samonture, un cheval blanc dont il avait pu apprécier la vigueur et sur-vlequel il croyait pouvoir compter, s’abattit, fourbue.
Quelques années plus tard, le capitaine Ducrot, devenu colonel du3 e grenadiers, fut présenté à l’Emir , au palais de Saint-Cloud, et eutavec lui un long entretien. Comme ils se remémoraient les épisodes desderniers combats, et notamment ceux de mars et d’avril 1849, Abd-el-Kader s’écria : « C’était donc toi, ce cavalier au cheval blanc, qui meserrait de si près et qui a culbuté si a propos ! Tu m’as fait, ce jour-la*courir l’un des plus grands dangers de ma vie, car, moi aussi, mon che-val était a bout, et, si tu nous avais rejoints, nous aurions été hors d’étatcle combattre. »J