162 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
Je me jetai sur eux avec une partie de mon monde,laissant la moitié en réserve sous le commandementd’un très vigoureux officier, le sous-lieutenant Perier,sur qui je savais pouvoir entièrement compter et à quije recommandai de tenir ferme dans la position afin denous recueillir en cas d’insuccès. Mais l’ennemi, au lieude lâcher pied sous notre attaque, comme je l’espérais,nous chargea résolument de son côté, le yatagan à lamain. La mêlée fut courte, mais très vive, et, au premierchoc, j’eus deux hommes et deux chevaux tués et blessés.Un des spahis, entre autres, fut littéralement tué entreles jambes de mon cheval, dont le poitrail fut tout rougide son sang. Je montais un excellent cheval que j’appe-lais Schourar, du nom de l’agha des douairs qui mel’avait vendu. Mais il était quelquefois rétif et ne sedétachait pas facilement du rang. Nous étions enveloppéspar des cavaliers montés sur des juments, et j’eus uninstant la perception rapide que j’allais rester entreleurs mains. Il n’en fut rien heureusement, et, à magrande surprise, j’obtins sans peine de mon chevall’effort que je lui demandais, il faut le croire, d’unemanière irrésistible. Très vivement poursuivis à notretour, je pus cependant rejoindre, avec ce qui me restaitde mes spahis, le peloton de M. Perier, qui avait exé-cuté à merveille mes instructions.
Il n’y avait plus à prolonger inutilement un combatqui ne se présentait pas à notre avantage et qui pouvaitmal tourner tout à fait. Je pris de suite mon parti deme retirer, mais très lentement et au pas. Disposant