*02 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
vaient passer le Chiers à Douzy et suivre la granderoute jusqu’à Carignan.
Au moment où ma tête de colonne arrivait près deTétaigne, une assez vive canonnade se faisait entendredans la direction de Mouzon . Ne voulant pas passer surla rive droite avant de savoir si le maréchal n’aurait pasbesoin de moi, je fis masser mes divisions en deçà deTétaigne, et j’envoyai mon aide de camp, M. Bossan,dans la direction de Mouzon , pour savoir ce qui s’y pas-sait. Nous étions arrêtés depuis une demi-heure environ,lorsque je reçus un mot au crayon de M. Bossan, di-sant : « Je viens de rencontrer l’Empereur se rendantde Mouzon à Carignan; il paraît que tout va bien. »
Gomme mon ordre de me rendre à Carignan étaittrès positif, que je ne pouvais y laisser l’Empereurabsolument seul, je me décidai à poursuivre ma routeet je passai le Chiers.
Aussitôt arrivé à Carignan, je montai sur la hauteurdes Tilleuls pour examiner le terrain et reconnaîtrel’emplacement des grand’gardes ; j’y étais depuis uninstant lorsque la canonnade redoubla de vivacité dansla direction des hauteurs de Mouzon , et je crus remar-quer des obus venant de la rive gauche de la Meuse ,c’est-à-dire du côté de l’ennemi. Je redescendis assezpréoccupé, et j’arrivais près de la route, lorsque je fusrejoint par le capitaine Bossan, qui me raconta tout aulong le désastre dont il venait d’être témoin (1).