420 CO RUES P ON DAN GE DU GENERAL DUCROT.
Le général Ducrot à madame Ducrot.
Village de Margut, 7 septembre.
. Nous venons de faire notre première étape de
prisonniers !
Ce matin, j’ai quitté l’infect camp où nos vainqueursnous avaient parqués sur les bords de la Meuse, et, jedois le dire, je l’ai quitté malgré moi, car je voulaisrester au milieu de nos soldats jusqu’à la fin, cherchantà adoucir leurs misères, à soutenir leur courage; maisun commissaire prussien m’a signifié qu’il ne pouvaiten être ainsi, que l’heure de mon départ était arrivée,et que je ne pouvais rester sous aucun prétexte. Il afallu se soumettre à cette décision !
Je suis donc parti avec tout mon état-major et nosordonnances. Nous avons traversé la ville de Sedan aumilieu de nos arrogants vainqueurs. À chaque posteleurs sentinelles nous demandaient notre laissez-passer.Nous voyageons à nos frais, sans garde; nous avonspris l’engagement d’honneur d’être rendus le 11 à Pont-à-Mousson , où nous serons embarqués sur le cheminde fer et dirigés sur nos résidences. Nous sommesvenus nous arrêter à Margut, gros village à 30 kilo-mètres de Sedan . Ici, du moins, nous ne voyons plus de
Prussiens et nous respirons plus à l’aise.Dieu sait
ce que va devenir notre malheureux pays! Aura-t-il