430 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
Je suis sorti de Sedan à la tête de mon corps d’armée,je l’ai conduit et installé dans la presqu’île de la Meuse où nous avons été parqués; pendant plusieurs jours, j’aipartagé ses misères et ses cruelles humiliations; j’aiusé de l’influence morale que me donnait mon titre decommandant d’armée pour chercher à obtenir de l’en-nemi quelques ressources alimentaires pour nos mal-heureux soldats; j’ai présidé moi-même aux distribu-tions, et je n’ai abandonné l’infect séjour de Glaire quesur l’ordre réitéré de l’état-major allemand, qui m’avaitdéclaré avoir besoin, pour cause de service, de labaraque où je m’étais réfugié avec tous mes officiers.
J’ai accepté alors les conditions qui nous étaientoffertes relativement aux moyens de nous transporterde Sedan à Pont-à-Mousson , c’est-à-dire que j’ai prisl’engagement sur l’honneur de me rendre librement età mes frais dans cette dernière localité, avec tout monétat-major, un nombre d’ordonnances déterminé, nosbagages et nos chevaux. Un sauf-conduit en règle m’aété délivré, sur lequel j’étais inscrit nominativement,ainsi que mes officiers, avec indication numérique dessoldats, chevaux et voitures. Il était stipulé que nousdevions être rendus à destination, c’est-à-dire à Pont-à-Mousson , le 11 septembre avant midi, et qu’alors nousdevions nous présenter à l’état-major allemand, pournous reconstituer prisonniers, et recevoir des ordrespour la continuation de notre voyage.
Partis de Sedan le 8, nous avons été coucher au delàde Carignan, à Margut, petit village situé à cinq kilo-