Corneille.
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Montre-toi digne iils d’un pere tel que moi:
Accable des malheurs ou le destin me ränge,
Je rn’en vais les pleurer. Va, cours, vole, et nous venge.
Sehne IX.
D. Rodrigue.
Perce jusques au fond du coeurD’une atteinte imprevue aussi bien que morteile,Miserable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon ame abattueCede au coup qui me tue.
Si pres de voir.mon feu recompense,
O Dieu! l’etrange peine!
En cet afl'ront mon pere est l’offense,
Et l’offenseur le pere de Chimene!
Que je sens de rüdes combats!
Contre mon propre honneur mon amour s’interesse;11 faut venger un pere, et perdre une maitresse;
L’un m’anime le coeur, l’autre retient mon bras.Reduit au triste cboix, ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infame,
Des deux cötes mon mal est infini.
O Dieu! l’etrange peine!
Faut-il laisser un affront impuni?
Faut-il punir le pere de Chimene?
Pere, maitresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie,L’un me rend malheureux, l’autre in-digne du jour.Cher et cruel espoir d’une ame geueiieuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer, qui causes ma peine, ■
M’es-tu donne pour venger mon honneur?
M’ es-tu donne pour perdre ma Chimene?
II vaut mieux courir au trepas;
Je dois ä ma maitresse aussi bien qu’ä mon pere;J’attire, en me vengeant, sa haine et sa eolere:J’attire ses mepris en ne me vengeant pas.
A mon plus doux espoir l’un me rend infidele,
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