Corneille.
11
Je suis tombe pour toi dans la profusion.
Toutes les dignites que tu rn’as demandees,
Je te les ai sur l’heure et sans peine accordees;
Je t’ai prefere meme ä ceux dont les parentsOnt jadis dans mon camp tenu les premiers rangs,
A ceux qui de leur sang m’ont achete l’empire,
Et qui m’ont conserve le jour que je respire:
De la fagon enfin qu’avec toi j’ai vecu,
Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.Quand le ciel me voulut, en rappelant Mecene,
Apres tant de faveurs montrer un peu de haine,
Je te donnai sa place en ce triste accident,
Et te fis apres lui mon plus eher confident.Aujourd’hui meme encor, mon ame irresolueMe pressant de quitter ma puissance absolue,
De Maxime et de toi j’ai pris les seuls avis;
Et ce sont malgre lui les tiens que j’ai suivis.
Bien plus, ce meine jour, je te donne Emilie,
Le digne objet des veeux de toute l’Italie,
Et qu’ont mise si haut mon amour et mes soins,
Qu’en te couronnaut roi je t’aurais donne moins.
Tu t’en souviens, Cinna; tant d’heur et tant de gloireKe peuvent pas sitöt sortir de ta memoire;
Mais, ce qu’on ne pourrait jamais s’imaginer,
Cinna, tu t’en souviens, et veux m’assassiner.
Cinna.
Moi, seigneur! moi, que j’eusse une ame si traitresse!Quhm si lache dessein . . .
A u g u s t o.
Tu tiens mal ta promesse:Sieds-toi, je n’ai pas dit encor ce que je veux;
Tu te justifieras apres, si tu le peux.
Ecoute cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu veux m’assassiner, demain, au capitole,Pendant le saerifice; et ta main, pour signal,
Me doit, au lieu d’encens, donner le coup fatal.
La moitie de tes gens doit occuper la porte,
L’autre moitie te suivre et te preter main forte.
Ai-je de bons avis, on de mauvais soupgons?
De tous ces meurtriers te dirai-je les noms?
Procule, Glabrion, Virginian, Rutile,
Marcel, Plaute, Lenas, Pompone, Albin, Icile,Maxime, qu’apres toi j’avais le plus aime:
Le reste ne vaut pas l’bonneur d’etre nomine;