La Fontaine.
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Et tächait de gagner sa chanmine enfumee.Enfin, n’en pouvant plus d’efFort et de douleur,
II met bas son fagot, il songe ä son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde?
Point de paiu quelquefois, et jamais de repos:
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impots,
Le creancier et la corvee,
Lui font d’un raalheureux la peinture achevce.
II appelle la mort, eile vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire.
C'est, dit-il, alin de m’aiderA recharger ce bois, tu ne tarderas guere.
Le trepas vient tout guerir,
Mais ne bougeons d’oü nous sommes:
Plutot souffrir que mourir,
C’est la devise des liommes.
Le Renard et le Bouc.
Capitaine Renard allait de corapagnieAvec son ami Bouc des plus haut encornes.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez;
L’autre 6tait passe inaitre en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits,
La, chacun d’eux se desaltere.
Apres qu’abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc: Que ferons-nous, compere?Ce n’est pas tout de boire, il faut sortir d’ici.
Leve tes pieds en haut, et tes cornes aussi:
Mets-les contre le mur. Le long de ton echineJe griraperai premierement,
Puis sur tes cornes m’elevant,
A l’aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Apres quoi je t’en tirerai.
Par ma barbe, dit l’autre, il est bon; et je loueLes gens bien senses comme toi.
Je n’aurais jamais, quant ä moi,
Trouve ce secret, je l’avoue. •
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermonPour Fexhorter ä patience.
Si le ciel t’eut, dit-il, donne par excellenceAutant de jugement que de barbe au menton,