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XVII. Jahrhundert.
U. Pour moi, j’aime ht Compagnie, je l’avoue.
E. Je l’aime aussi, mais je l’aime choisie; et la quantite dessottes visites qu’il vous faut essuyer parmi les autres est cause biensouvent que je prends plaisir d’etre seule.
U. La delicatesse est trop grande de ne pouvoir sonffrir que desgens tries.
E. Et la complaisance est trop gdnerale de souffrir indifferem-ment toutes sortes de personnes.
U. Je goüte ceux qui sont raisonnables, et me divertis des ex-travagants.
E. Ma foi, les extravagants ne vont guere loin sans vous ennuyer,et la plupart de ces gens-la ne sont plus plaisants des la seconde vi-site. Mais, k propos d’extravagants, ne voulez-vous pas me defairede votre marquis incommode? Pensez-vous me le laisser toujours surles bras, et que je puisse durer a ses turlupinades perpetuellfes?
U. Ce langage est a la mode, et l’on le tourne en plaisanterie äla cour.
E. Tant pis pour ceux qui le font, et qui se tuent tout le jour äparier ce jargon obscur. La belle chose de faire entrer aux conver-sations du Louvre de vieilles equivoques ramassees parmi. les boues deshalles et de la place Maubert! La jolie fagon de plaisanter pour desoourtisans! et qu’un liomme montre d’esprit lorsqu’il vient vous dire:Madame, vous etes dans la place royale, et tout le monde vous voit detrois lieues de Paris, car chacun vous voit de bon oeil! a cause queBonneuil est un village k trois lieues d’ici. Cela n’est-il pas bien galantet bien spirituel? Et ceux qui trouvent ces belles rencontres n’ont-ilspas lieu de s’en glorifier?
U. On ne drt pas cela aussi comme une chose spirituelle; et laplupart de ceux qui affectent ce langage savent bien eux-memes qu’ilest ridicule.
E. Tant pis encore de prendre peine ä dire des sottises, et d’etremauvais plaisants de dessein forme. Je les en tiens moins excusables;et si j’en etais juge, je sais bien a quoi je condamnerais tous ces mes-sieurs les turlupins.
U. Laissons cette matiere qui t’echauffe un peu trop, et disonsque Dorante vient bien tard, k mon avis, pour le souper que nous de-vons faire ensemble.
E. Peut-etre l’a-t-il oublie, et que ...
Scene II.
Uranie, Elise, Galopin.
G. Voilä Climene, m’adame, qui vient ici pour vous voir.
U. He! mon Dieu! quelle visite!
E. Vous vous plaignez d’etre seule; aussi le oiel vous en punit.