Buch 
Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
Entstehung
Seite
33
JPEG-Download
 

Moliere.

33

E. Je msn suis bien doutee.

D. Vous croyez donc, monsieur Lysidas, que tout lesprit et toutela beaute sont dans les poemes s^rieux, et que les pieces comiquessont des niaiseries qui ne meritent aucune louange?

U. Ce nest pas mon sentiment, pour moi. La trag4die, sans doute,est quelque chose de beau quand eile est bien touchee; mais la comediea ses charmes, et je tiens que lune nest pas moins difficile que lautre.

D. Assurement, madame; et quand, pour la difficulte, vousmettriez un peu plus du cöte de la comedie, peut-etre que vous nevous abuseriez pas: car enfin je trouve quil est bien plus ais6 de seguinder sur de grands sentiments, de braver en vers la fortune, accuserles destins, et dire des injures aux dieux, que dentrer comme il fautdans le ridicule des liommes, et de rendre agreablement sur le theätreles defauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des heros, vousfaites ce que vous voulez; ce sont des portraits ä plaisir, lon necherche point de ressemblance; et vous navez quä suivre les traitsdune imagination qui se donne lessor, et qui souvent laisse le vraipour attraper le merveilleux. Mais, lorsque vous peignez les homrnes,il faut peindre dapres nature: on veut que ces portraits ressemblent;et vous navez rien fait, si vous ny faites reconnaitre les gens de votresiede. En un mot, dans les pieces serieuses, il suffit, pour netre pointbläme, de dire des choses qui soient de bon sens et bien ecrites: maisce nest pas assez dans les autres, il y faut plaisanter; et cest uneetrange entreprise que celle de faire rire les honnetes gens.

C. Je crois etre du nombre des honnetes gens; et cependant jeI nai pas trouvö le mot pour rire dans tout ce que jai vu.j Le M. Ma foi, ni moi non plus.

I D. Pour toi, marquis, je ne men etonne pas: cest que tu nyas point trouve de turlupinades.

L. Ma foi, monsieur, ce quon y rencontre ne vaut guere mieux;: et toutes les plaisanteries y sont assez froides, a mon avis.

D. La cour na pas trouv6 cela . . .

L. Ah! monsieur, la cour!

D. Achevez, monsieur Lysidas. Je vois bien que vous voulezdire que la cour ne se connait pas a ces choses; et cest le refugeordinaire de vous autres messieurs les auteurs, dans le mauvais succesde vos ouvrages, que daccuser linjustice du siede et le peu de lumieresdes courtisans. Sachez, sil vous plait, monsieur Lysidas, que lescourtisans ont daussi bons yeux que dautres; quon peut etre habileavec un point deVenise et des plumes aussi bien quavec uneperruquecourte et un petit rabat uni; que la grande epreuve de toutes voscom^dies, cest le jugement de la cour; que cest son gout quil fautStudier pour trouver lart de reussir; quil ny a point de lieu ou lesdecisions soient si justes; et, sans mettre en ligne de compte tous lesgens savants qui y sont, que, du simple bon sens naturel et du com-

Holder, französ. Litteratur. 3