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XVII. Jahrhundert.
merce de tout Ie beau monde, on s’y fait une maniere d’esprit qui,sans comparaison, juge plus finement des choses que tout Ie savoirenrouille des pedants.
U. 11 est vrai que, pour peu qu’on y demeure, il vous passe latous les jours assez de choses devant les yeux pour acquerir quelquehabitude de les connaitre, et surtout pour ce qui est de la bonne oumauvaise plaisanterie.
D. La cour a quelques ridicules, j’en demeure d’accord; et jesuis, comme on voit, le premier a les fronder: mais, ma foi, il y en a ;un grand nombre parmi les beaux esprits de profession; et, si l’onjoue quelques marquis, je trouve qu’il y a bien plus de quoi jouer lesauteurs, et que ce serait une chose plaisante a mettre sur le theätre, <que leurs grimaces savantes et leurs raffinements ridicules, leur vicieuse jcoutume d’assassiner les gens de leurs ouvrages, leur friandise de ilouanges, leurs menagements de pensees, leur trafic de reputation, et jleurs ligues offensives et defensives, aussi bien que leurs guerres ■d’esprit et leurs combats de prose et de vers.
L. Moliere est bien heureux, monsieur, d’avoir un protecteuraussi ehaud que vous. Mais enfin, pour venir au fait, il est questionde savoir si sa piece est bonne; et je m’offre d’y montrer partout eent :defauts visibles.
U. C’est une etrange chose de vous autres messieurs les poetes, \que vous condamniez toujours les pieces ou tout le monde court, et nedisiez jamais du bien que de celles ou personne ne ya! Yous montrezpour les unes une haine invincible, et pour les autres une tendressequi n’est pas concevable. j
D. C’est qu’il est gen^reux de se ranger du cöte des affliges. |
U. Mais, de grace, monsieur Lysidas, faites-nous voir ees !defauts dont je ne me suis point aperque. j
L. Ceux qui possedent Aristote et Horace voient d’abord, ma- ;dame, que cette comedie peche contre toutes les regles de l’art.
U. Je vous avoue que je n’ai aucune habitude avec ces messieurs-lä, et que je ne sais point les regles de l’art.
D. Yous etes de plaisantes gens avec vos regles dont vousembarrassez les ignorants et nous etourdissez tous les jours! Il semble,ä vous ouir parier, que ces regles de l’art soient les plus grandsmysteres du monde; et cependant ce ne sont que quelques observationsaisees que le bon sens a faites sur ce qui peut öter le plaisir que l’onprend a ces sortes de poemes; et le meme bon sens qui a fait autre-fois ces observations les fait fort aisement tous les jours sans lesecours d’Horace et d’Aristote. Je voudrais bien savoir si la grande.regle de toutes les regles n’est pas de plaire, et si une piece de theätrequi a attrape son but n’a pas suivi un bon chemin. Veut-on que toutun public s’abuse sur ces sortes de choses, et que chacun n’y soit pas 1juge du plaisir qu’il y prend?