Racine.
63
Des gardes, que Iui-meme a pris soin de placer,
Nous ont de toutes parts defendu de passer.
II ine fuit. Ma douleur etonne son audace.
A c h i 11 e.
He bien! c’est dono ä moi de prendre votre place.
11 nie verra, madame; et je vais lui parier.
Iphigenie.
Ah madame! ... Ah seigneur! oü voulez-vous aller?AcUille.
Et que pritend de moi votre injuste priere?
Vous faudra-t-il toujours combattre la premiere?
Clytemnestre.
Qnel est votre dessein, ma fille?
Iphigenie.
Au nom des dieux,Madame, retenez un amant furieux;
De ce triste entretien detournons les approches.Seigneur, trop d’amertume aigrirait vos reproches.
Je sais jusqu’oü s’emporte un amant irrite;
Et mon pere est jaloux de son autorite:
On ne connait que trop la fierte des Atrides.
Laissez parier, seigneur, des bouches plus timides.Surpris, n’en doutez point, de mon retardement,Lui-meme il me viendra chercher dans un moment:
II entendra gerair une mere oppressee;
Et que ne pourra point m’inspirer la penseeDe prevenir les pleurs que vous verseriez tous,D’arreter vos transports, et de vivre pour vous!
Achille.
Enfin, vous le voulez: il faut donc vous complaire.Donnez-lui l’une et l’autre un conseil salutaire:Rappelez sa raison; persuadez-le bien,
Pour vous, pour mon repos, et surtout pour le sien.
Je perds trop de moments en des discours frivoles;
Il faut des actions et non pas des paroles.
(i Clytemnestre.)
Madame, ä vous servir je vais tout disposer;
Dans votre appartement allez vous reposer.
Votre fille vivra, je puis vous le predire.
Croyez du moins, croyez que, tant que je respire,
Les dieux auront en vain ordonnd son trepas:
Cet oracle est plus sür que celui de Calchas,