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XVII. Jahrhundert.
vent cette raison eternelle. C’est eile qui nous inspire quand nouspensons bien: c’est eile qui nous reprend quand nous pensons mal.Nous ne tenons pas moins d’elle la raison que la vie; eile est commeun grand ocean de lumiere: nos esprits sont comme de petits ruisseauxqui en sortent, et qui y retournent pour s’y perdre.
Quoique je ne comprisse pas encore parfaitement la sagesse de cediscours, je ne laissais pas d’y gouter je ne sais quoi de pur et desublime: mon coeur en etait echauffe, et la verite me semblait reluiredaus toutes ces paroles. Ils continuerent ä parier de l’origine desdieux, des heros, des poetes, de l’äge d’or, du deluge, des premiereshistoires du genre liumain, du fleuve d’oubli ou se plongent les amesdes morts, des peines eternelles preparees aux impies dans le gouffrenoir du Tartare, et de cette lieureuse paix dont-jouissent les justesdans les Champs Elysees, sans crainte de la pouvoir perdre.
Pendant qu’Hazael et Mentor parlaient, nous aper^umes desdauphins couverts d’une ecaille qui paraissait d’or et ö’azur. En sejouant ils soulevaient les Hots avec beaucoup d’ecume. Apres euxvenaient des tritons qui sonnaient de la trompette avec leurs conquesrecourbees. Ils environnaient le char d’Ampliitrite traine par deschevaux marins plus blancs que la neige, et qui fendaut l’onde saleelaissaient loiu derriere eux un vaste sillon dans la mer. Leurs yeuxetaient enflammes, et leurs bouches etaient fumantes. Le char de laDeesse etait une conque d’une merveilleuse figure, eile etait d’uneblancheur plus eclatante que l’ivoire, et les roues etaient d’or. Cechar semblait voler sur la face des eaux paisibles. Une.troupe deNymphes couronnees de fleurs nageaient en foule derriere le char; leursbeaux cheveux pendaient sur les dpaules, et flottaient au gre du vent.La deesse tenait d’une main un sceptre d’or pour commander auxvagues, de l’autre eile portait sur ses genoux le petit dieu Palemon sonfils pendant ä sa mamelle. Elle avait un visage serein et une doucemajeste qui faisait fuir les vents seditieux et toutes les noires tempetes.Les Tritons conduisaient les chevaux et tenaient les renes dorees. Unegrande voile de pourpre flottait dans l’air au-dessus du char; eile etaita demi enflee par le souffle d'une multitude de petits zephyrs quis’effor§aient .de la pousser par leurs haleines. On voyait au rnilieu desairs Eole empresse, inquiet et ardent. Son visage ride et chagrin, savoix mena§ante, ses sourcils epais et pendants, ses yeux pleins d’unfeu sombre et austere tenaient en silence les fiers Aquilons, et repous-saient tous les nuages. Les immenses baleines et tons les monstresmarins faisant avec leurs narines un flux et reflux de l’onde amere,sortaient ä la häte de leurs grottes profondes pour voir la deesse.
Apres que nous eümes admire ce spectacle, nous commen^amesä decouvrir les montagnes de Crete, que nous avions encore assez depeine i distinguer des nuees du ciel et des Hots de la mer. Bientötnous vimes le sommet du mont Ida au-dessus des autres montagnes