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XVIII. Jahrhundert.
approuva fort, non succinctement, car il me repr^senta la-dessus tousles accidents fächeux qui pouvaient m’arriver sur la route. 11 merapporta meine plusieurs histoires sinistres de voyageurs. Je croyaisqu’il ne finirait point. II finit pourtant, en disantque, sijevoulaisvendre ma mule, il connaissait un honnete maquignon qui l’acheterait.Je lui temoignai qu’il me ferait plaisir de l’envoyer chercher. 11 y allasur-le-champ lui-meme avec empressement.
Il revint bientot accompagne de son homme, qu’il me presenta, etdont il loua fort la probite. Nous enträmes tous trois dans la cour, oul’on amena ma mule. On la fit passer et repasser devant le maquignon,qui se mit ä l’examiner depuis les pieds jusqu’ä la tete. Il ne manquapas d’en dire beaucoup de mal. J’avoue qu’on n’en pouvait dire beau-coup de bien; mais quand g’aurait ete la mule du pape, il y auraittrouve a redire. Il assurait donc qu elle avait tous les defauts dumonde; et, pour mieux me le persuader, il en attestait l’höte, qui sansdoute avait ses raisons pour en convenir. He bien, me dit froidementle maquignon, combien pretendez-vous vendre ce vilain animal-la?Apres l’eloge qu’il en avait fait, et l’attestation du seigneur Corcuelo,que je croyais homme sincere et bon Connaisseur, j’aurais donne mamule pour rien; c’est pourquoi je dis au marchand que je m’en rap-portais ä sa bonne foi; qu’il n’avait qu’ä priser la bete en conscience,et que je m’en tiendrais a la prisee. Alors, faisant' l’homme d’honneur,il me repondit qu’en interessant sa conscience, je le prenais par sonfaible. Ce n’etait pas effectivement par son fort; car, au lieu de fairemonter l’estimation ä dix ou douze pistoles, comme mon oncle, il n’eutpas honte de la fixer k trois ducats, que je reßus avec autant de joieque si j’eusse gagne ä ce marehe-lä.
Apres m’etre si avantageusement defait de mamule, l’höte inemena chez un muletier qui devait partir le lendemain pour Astorga. Cemuletier me dit qu’il partirait avant le jour, et qu’il aurait soin de mevenir reveiller. Nous convinmes de prix, tant pour le louage d’unemule que pour ma nourriture; et quand tout fut regle entre nous, jem’en retournai vers l’hotellerie avec Corcuelo, qui, chemiu faisant, semit a me raconter l’histoire de ce muletier. Il m’apprit tout ce qu’onen disait dans la ville. Enfin il allait de nouveau m’etourdir de sonbabil importun, si par bonheur un homme assez bien fait ne fut venul’interrompre en l’abordant avec beaucoup de civilite. Je les laissaiensemble, et continuai mon chemin, sans soupgonner que j’eusse lamoindre part ä leur entretien.
Je demandai ä souper des que je fus dans l’hotellerie. C’etait unjour maigre. On m’accommoda des oeufs. Pendant qu’on me lesappretait, je liai conversation avec l’hotesse, que je n’avais point encorevue. Lorsque l’omelette qu’on me faisait fut en etat de m’etre servie,je m’assis tout seul a une table. Je n’avais pas encore mange le pre-mier morceau, que l’hote entra, suivi de l’homme qui l’avait arrete