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Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
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Le Sage.

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maintien insolent pour en prendre un respectueux devant leur mai'tre.Ce prelat etait dans sa soixante-neuvieme annee, fait ä peu prescomme mon oncle le chanoine Gil Perez, cest-ä-dire, gros et court.II avait par-dessus le marche les jambes fort tournees en dedans, etil etait si c-hauve, quil ne lui restait qunn toupet de cheveux parderriere, ce qui lobligeait demboiter sa tete dans un bonnet de lainefine ä longues oreilles. Malgre tout cela, je lui trouvais lair dunhomme de qualitd, sans doute parce que je savais quil en etait un.Nous autres personnes du commun, nous regardons les grands seigneursavec une prevention qui leur prete souvent un air de grandeur que lanature leur a refuse.

Larcheveque savanga vers moi dabord, et me demanda dun tonde voix plein de douceur ce que je souhaitais. Je lui dis que jetais lejeune homme dont le seigneur don Fernand de Leyva lui avait parle.II ne me donna pas le temps de lui en dire davantage. Ah, cestvous,secria-t-il, cest vous dont il ma fait un si bei eloge? je vous retiens; ä mon Service. Vous etes une bonne acquisition pour moi; vous navez! qua demeurer ici. A ces mots il sappuya sur deux ecuyers, et sortit: apres avoir ecoute des ecclesiastiques qui avaient quelque chose ä luij communiquer. A peine fut-il liors de la chambre oii nous etions, que' les memes officiers qui avaient dedaigne ma eonversation, vinrent la' rechercher. Les voilä qui menvironnent, qui me gracieusent, et metemoignent de la joie de me voir devenir commensal de larcheveclie.Ils avaient entendu les paroles que leur maitre mavait dites, et ils1 mouraient denvie de savoir sur quel pied jallais etre aupres de lui;

| mais jeus la malice de ne pas contenter leur curiosite, pour me vengeri de leur mepris. Ä

I Monseigneur ne tarda guere a revenir. Il me fit entrer dans son' cabinet, pour mentretenir en particulier. Je jugeai bien quil avait: dessein de täter mon esprit. Je me tins sur mes gardes, et mei preparai a mesurer tous mes mots. Il minterrogea dabord sur leshumanites. Je ne repondis point mal ä ses questions. Il vit que jeconnaissais assez les auteurs grecs et latins. Il me mit ensuite sur la' dialectique. Cest ou je lattendais. Il me trouva la-dessus ferre ai glace.. Votre education, me dit-il, avec quelque Sorte de surprise, napoint ete negligee. Voyons presentement votre ecriture. Jeu tirai dema poche une feuille que javais apportee expres. Mon prelat nen futpas mal satisfait. Je suis content de votre main, secria-t-il, et plusencore de votre esprit. Je remercierai mon neveu don Fernand demavoir donne un si joli gargon. Cest un vrai present quil ma fait.

Nous fumes interrompus par larrivee de quelques seigneursgrenadins qui venaient diner avec larcheveque. Je les laissai ensemble,j et me retirai parmi les officiers, qui me prodiguerent alors les honne-j tetes. Jallai manger avec eux quand il en fut temps; et sils mobser-i verent pendant le repas, je les examinai bien aussi. Quelle sagesse il