Le Sage.
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laissai pas de Ieur rendre service, sans etre la dupe de leurs politessesinteressees. Monsieur l’archeveque, ä ma priere, s’ernploya pour eux.II fit donner ä l’un une compagnie, et le mit en etat de faire figuredans les troupes. II en envoya un autre au Mexique remplir unemploi considerable qu’il lui fit avoir; et j’obtins pour mon ami Melchiorune bonne gratification. J’eprouvai par lä que, si le prelat ne prevenaitpas, du moins il refusait rarement ce qu’on lui demandait.
Mais ce que je fis pour un pretre, me parait meriter un detail.Un jour, certain licencie, appele Louis Garcias, homme jeune encoreft de tres bonne mine, me fut presente par notre maitre d’hötel, quime dit: Seigneur Gil Blas, vous voyez un de mes meilleurs amis danscet honnete ecclesiastique. Ii a ete aumönier cliez des religieuses. Lamedisance n’a point öpargne sa vertu. On l’a noirci dans l’esprit demonseigneur, qui l’a interdit, et qui par mallieur est si prövenu contrelui qu’il ne veut ecouter aucune sollicitation en sa faveur. Nous avonsinutilement employe les premieres personnes de Grenade, pour le fairerehabiliter. Notre maitre est inflexible.
Messieurs, leur dis-je, voilä une affaire bien gätöe. II vaudraitmieux qu’on n’eüt point sollicite pour le seigneur licencie. On lui arendu un mauvais office en voulant le servir. Je connais monseigneur;les prieres et les recommandations ne font qu’aggraver dans son espritla faute d’un ecclesiastique. II n’y a pas longtemps que je lui ai ou'idire ä lui-meme: plus, disait-il, un pretre qui est tombe dans l’irregu-larite, engage de personnes a me parier pour lui, plus il augmente lescandale, et plus j’ai de severite. Cela est fächeux, reprit le maitred’hötel, et mon ami serait bien embarrasse, s’il n’avait pas une bonnemain. Heureusement il ecrit a ravir, et il se tire d’intrigue par cetalent. Je fus curieux de voir si l’ecriture qu’on me vantait, valaitmieux que la mienne. Le licencie, qui en avait sur lui, m’en montraune page, que j’admirai; il semblait que ce füt un exemple de maitreecrivain. En considerant une si belle ecriture, il me vint une idee. Jepriai Garcias de me laisser ce papier, en lui disant que j’en pourraisfaire quelque chose qui lui serait utile; que je ne m’expliquais pas dansce moment, mais que le lendemain je lui en dirais davantage. Lelicencie, a qui le maitre d’hötel avait apparemment fait l’eloge de monesprit, se retira aussi content que s’il eut dejü ete remis dans sesfonctions.
J’avais veritablement envie qu’il le fut; et des le jour meme j’ytravaillai de la maniere que je vais le dire. J’etais seul avec l’arche-veque. Je lui fis voir l’ecriture de Garcias. Mon patron en parutcharme. Alors, profitantde l’occasion: Monseigneur, lui dis-je, puisquevous ne voulez pas faire imprimer vos homelies, je souhaiterais dumoins qu’elles fussent ecrites comme cela.
Je suis satisfait de ton ecriture, me repondit le prölat; mais jet’avoue que je ne serais pas fache d’avoir de cette main-lä une copieHolder, franzoa, Litteratur. 7