116
XVIII. Jahrhundert.
qu’il menagea les premiers, et fut si cruel aux autres. Lorsqu’il fut enpaix, il craignit les conjurations; et ayant toujours devant les yeux ledestin de Cesar, pour eviter son sort il songea ä s’eloigner de sa con-duite. Voilä la clef de toute la vie d’Auguste. Il porta dans le senatune euirasse sous sa robe; il refusa le nom de dictateur: et au lieu queCesar disait insolemment que la republique n’etait rien et que sesparoles etaient des lois, Auguste ne parla que de la dignite du senatet de son respect pour la republique. II songea donc ä etablir le gou-vernement le plus capable de plaire qui füt possible, sans choquer sesinterets; et il en fit un aristocratique par rapport au civil, et monarchi-que par rapport au militaire: gouvernement ambigu, qui, n’etant passoutenu par ses propres forces, ne pouvait subsister que tandis qu’ilplairait au monarque, et etait entierement monarchique par consequent.
On a mis en question si Auguste avait eu veritablement le desseinde se demettre de l’empire. Mais qui ne voit que, s’il l’eut voulu, iletait impossible qu’il n’y eüt r^ussi? Ce qui fait voir que c’etait unjeu, c’est qu’il demanda tous les dix ans qu’on le soulageät de ce poids,et qu’il le porta toujours. C’etaient de petites finesses pour se faireencore donner ce qu’il ne croyait pas avoir encore assez acquis. Je medetermine par toute la vie d’Auguste: et quoique les hommes soientfort bizarres, cependant il arrive tres rarement qu’ils renoncent dansun moment a ce ä quoi ils ont reflechi pendant toute leur vie. Toutesles actions d’Auguste, tous ses reglements, tendaient visiblement al’etablissement de la monarchie. Sylla se defait de la dictature: maisdans toute la vie de Sylla, au milieu de ses violences, on voit un espritrepublicain; tous ses reglements, quoique tyranniquement executes,tendent toujours ä une certaine forme de republique. Sylla, hommeempörte, mene violemment les Romains k la liberte: Auguste, rusetyran , 1 les conduit doucement k la servitude. Pendant que, sous Sylla,la republique reprenait des forces, tout le monde criait ä la tyrannie :et pendant que, sous Auguste, la tyrannie se fortifiait, on ne parlaitque de liberte.
La coutume des triomphes, qui avaient tantcontribuealagrandeurde Rome, se perdit sous Auguste; ou plutöt cet honneur devint unprivilege de la souverainete . 2 3 La plupart des choses qui arriverentsous les empereurs avaient leur origine dans la republique,* et il fautles rappÄtcher: celui-lä seul avait le droit de demander le triompbe,
1 J’emploie ici ce mot dans le sens des Grecs et des Romains, qui donnaient cenom a tous cenx qui avaient renverse la dem^cratie.
2 On ne donnait plus aux particuliers que les ornements triomphaux. Dion,in Aug.
3 Les Romains ayant change de gouvernement sans avoir ete envahis, les meinescontumes resterent apres le changement du gouvernement, dont la forme meme restaä peu pres.