* Voltaire.
141
Ta promesse suffit, et je la crois plus pureQue les autels des dieux entour^s du parjure.
Antoine.
C’est deja pour Antoine une assez dure loiQue tu cherches la guerre et le trepas sans moi,
Et que ton int^ret m’attache a Tltalie,
Quand la gloire t’appelle aux bornes de l’Asie.
Je m’afflige encor plus de voir que ton grand coeur 'Doute de sa fortune, et presage un malheur:
Mais je ne comprends point ta bonte qui m’outrage.Cesar, que me dis-tu de tes fils, de partage?
Tu n’as de fils qu’Octave; et nulle adoptiouN’a d’un autre Cesar appuyd ta maison.
Cesar.
II n’est plus temps, ami, de cacher TamertumeDont mon coeur paternel en secret se consume:Octave n’est mon sang qu’a la faveur des lois;
Je l’ai nomine Cesar, il est fils de mon choix:
Le destin (dois-je dire, ou propice, ou severe?)
D’un veritable fils en effet m’a fait pere ;
D’un fils que je cheris, mais qui, pour mon malheur,A ma tendre amitie repond avec horreur.
Antoine.
Et quel est cet enfant? quel ingrat peut-il etreSi peu digne du sang dont les dieux l’ont fait naitre?
Cesar.
Ecoute: tu connais ce malheureux Brutus,
Dont Caton cultiva les farouches vertus;
De nos antiques lois ce defenseur austere;
Ce rigide ennemi du pouvoir arbitraire,
Qui, toujours contre moi les armes ä la main,
De tous mes ennemis a suivi le destin,
Qui fut mon prisonnier aux champs de Thessalie,
A qui j’ai, malgre lui, sauve deux fois la vie;
Ne, nourri loin de moi chez mes fiers ennemis.
Antoine.
Brutus! il se pourrait.
Cesar.
Ne m’en crois pas, tiens, lis.
Antoine.
Dieux! la soeur de Caton! la fiere Servilie!