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XVIII. Jahrhundert.
Cäsar.
Par un hyraen secret eile me fat nnie.
Ce farouche Caton, dans nos premiers d^bats,
La fit presqu’a mes yeux passer en d’autres bras:
Mais le jour qui forma ce second hymen£eDe son nouvel epoux trancha la destinee.
Sous le nom de Brutus mon fils fut eleve:
Pour me hai'r, 6 ciel! etait-il reserve!
Mais lis, tu sauras tout par cet ecrit funeste.
Antoine (lit).
„Cesar, je vais mourir. La colere celesteVa finir ä la fois ma vie et mon amour.
Souviens-toi qu’a Brutus Cesar donna le jour.
Adieu: puisse ce fils eprouver pour son pere
L’amitie qu’en mourant te conservait sa mere!“ Servilie.
Quoi! faut-il que du sort la tyrannique loi,
Cesar, te donne un fils si peu semblable a, toi!
Cäsar.
II a d’autres vertus; son superbe courageFlatte en secret le mien, meme alors qu’il Toutrage.
II m’irrite, il me plait. Son coeur independantSur mes sens etonnes prend un fier ascendant.
Sa fermete m’impose, et je l’excuse meineDe condamner en moi Fautorite supreme.
Soit qu’etant homme et pere, un eharme seducteur,L’excusant a mes yeux, me trompe en sa faveur;
Soit qu’etant ne Romain, la voix de ma patrieMe parle malgre moi, contre ma tyrannie,
Et que la liberte que je viens d’opprimer,
Plus forte encor que moi me condamne k l’aimer.
Te dirai-je encor plus? Si Brutus me doit l’etre,
S’il est fils de Cesar, il doit ha'ir un maitre.
J’ai pense comme lui des mes plus jeunes ans,
J’ai deteste Sylla, j’ai ha'i les tyrans.
J’eusse ete citoyen, si l’orgueilleux PompeeN’eut voulu m’opprimer sous sa gloire usurpee.
Ne fier, ambitieux, mais ne pour les vertus,
Si je n’etais Cesar, j’aurais ete Brutus.
Tout homme k son etat doit plier son courage.
Brutus tiendra bientot un different langage,
Quand il aura connu de quel sang il est ne.
Crois-moi, le diademe k son front destineAdoucira dans lui sa rudesse importune;
Il changera de moeurs, en changeant de fortune.