Voltaire.
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De Rome et des humains je dois etre l’arbitre.
Sylla fut honore du nom de dictateur;
Marius fut consul, et Pompee empereur. 1J’ai vaincu le dernier, et e’est assez vous direQu’il faut un nouveau nom pour un nouvel empire,
Un nom plus grand, plus saint, moins sujet aux revers,Autrefois craint dans Rome, et eher ä l’univers.
Un bruit trop confirme se repand sur la terreQu’envain Rome aux Persans ose faire la guerre;Qu’un roi seul peut les vaincre, et leur donner la loi:Cesar va l’entreprendre, et Cesar n’est pas roi.
II n’est qu’un citoyen fameux par ses Services,
Qui peut du peuple encore essuyer les caprices:Romains, vous m’entendez, vous savez mon espoir,Songez ä mes bienfaits, songez ä mon pouvoir.
C i m b e r.
Cesar, il faut parier. Ces sceptres, ces couronnes,
Ce fruit de nos travaux, l’univers que tu donnes,Seraient aux yeux du peuple, et du senat jaloux,
Un outrage ä l’etat, plus qu’un bienfait pour nous.Marius, ni Sylla, ni Carbon, ni Pompee,
Dans leur autorite sur le peuple usurpee,
N’ont jamais pretendu disposer a leur choixDes conquetes de Rome, et nous parier en rois.
Cesar, nous attendions de ta clemence augusteUn don plus preeieux, une faveur plus juste,
Au-dessus des etats donnes par ta bonte ....
Cesar.
Qu’oses-tu demander, Cimber?
Cimber.
La liberte.
Cassius.
Tu nous l’avais promise, et tu juras toi-memeD’abolir pour jamais 1’autorite supreme;
Et je croyais toucher ä ce moment heureux
Oü le vainqueur du monde allait combler nos voeux:
Fumante de son sang, captive et desolee,
Rome dans cet espoir renaissait consolee.
Avant que d’etre ä toi, nous sommes ses enfans;
Je songe a ton pouvoir, mais songe ä tes serments.Brutus.
Oui, que Cesar soit grand, mais que Rome soit libre.
1 Imperator.
Holder, franzos. Litteratur.
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