Voltaire.
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Va, Cesar est bien loin d’en vouloir ä ta vie.
Laisse lä du senat l’indiscrete furie;
Demeure, c’est toi seul qui peux me desarmer;Demeure, c’est toi seul que Cesar veut aimer.
Brutus.
Tout mon sang est ä toi, si tu tiens ta promesse.
Si tu n’es qu’un tyran, j’abhorre ta tendresse;
Et je ne peux rester avec Antoine et toi,
Puisqu’il n’est plus Romain, et qu’il demande un roi.
Seine IV.
Cesar, Antoine.
Antoine.
Eh bien, t’ai-je trompe? Crois-tu que la naturePuisse amollir une ame et si fiere et si dure?Laisse, laisse ä jamais dans son obscuriteCe secret malheureux qui pese ä ta bontü.
Que de Rome, s’il veut, il deplore la chute,
Mais qu’il ignore au moins quel sang il persecute.
II ne merite pas de te devoir le jour,
Ingrat a tes bontes, ingrat ä ton amour.
Renonce-le pour fils.
Cesar.
Je ne le puis; je l’aime.
Antoine.
Ah! cesse donc d’aimer l’orgueil du diademe;Descends donc de ce rang oü je te vois monte:
La bonte convient mal k ton autorite;
De ta grandeur naissante eile detruit l’ouvrage.Quoi! Rome est sous tes lois, et Cassius t’outrage!Quoi, Cimber, quoi, Cinna, ces obscurs senateursAux yeux du roi du monde affectent ces hauteurs!Ils bravent ta puissance, et ces vaincus respirent!
C 6 s a r.
Ils sont nes mes egaux; mes armes les vainquirent;Et, trop au-dessus d’eux, je leur puis pardonnerDe fremir sous le joug que je leur veux donner.
Antoine.
Marius de leur sang eüt ete moins avare.
Sylla les eüt punis.
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